La Terre supportera-elle la croissance économique chinoise ?
C’est à cette question et devant les étudiants de Sciences-Po le Havre que le Pr Yves TIBERGHIEN, Directeur de l’Institut de Recherche Asiatique, de l’université canadienne de Colombie-Britannique, a répondu le 8 Avril 2014.
La planète est une entité finie, la croissance du niveau de vie des terriens est infinie.
Depuis quelques années, les chinois découvrent qu’il existe une limite écologiquement supportable à la croissance de leur niveau de vie. Ainsi l’air à Pékin est, selon le site http://beijing-air.com/ , très malsain « very unhealthy » la plupart du temps.
Cette photo de Heilongjiang en octobre 2013 donne une idée de la pollution de l’air où les feux de signalisation à peine visible.
Ainsi, les chinois ont désormais conscience (au contraire de l’opinion publique américaine) que si leur modèle de développement économique ne change pas il en résultera rapidement une dégradation de leurs conditions de vie.
Non seulement la demande de consommation (voiture, logement individuel ….) est très forte en Chine (consommation de 50% du ciment mondial) mais le potentiel de croissance est énorme dans ce pays en voie de développement dont le revenu par habitant est de 6000 $ pour 50 000$ aux USA.
La Chine produit déjà 29% des émissions mondiales de CO2 en 2012. Si la Chine poursuit la tendance actuelle, la planète ne sera plus viable dans 100 ans.
Ainsi les émissions de CO2 chinois nous concernent tous.
En 2015 et en donnée cumulative, la Chine aura émis autant de Gaz à Effet de Serre dans l’atmosphère que les USA et l’Europe séparément depuis 1850.
La Civilisation Ecologique
Les Chinois semblent être conscients de l’impasse dans laquelle ils se trouvent : Ainsi des manifestations en faveur de l’environnement sont de plus en plus fréquentes et le 3ème plenum du Parti Communiste Chinois s’est intitulé : la civilisation écologique. Des mesures comme des quotas d’émission de CO2, une taxe carbone, le développement des énergies renouvelables sont prises.
Quelques objectifs concrets pour 2020 :
- Augmenter la part des énergies renouvelable dans la production électrique chinoise de 8% en 2005 à 20% en 2020.
- Augmenter la production d’énergie éolienne à 30 GW.
- Multiplier par 40 l’utilisation de biodiesel entre 2005 et 2020.
Ses mesures seront-elles suffisantes ? Seront-elles prises suffisamment à temps pour éviter la catastrophe écologique ?
En réalité 5 ajustements de l’économie chinoise sont nécessaires :
a) Ajuster le modèle économique.
b) Ajuster les sources d’énergie : La chine n’a pas de pétrole, comme l’Inde elle utilise l’énergie fossile la moins chère (le charbon) comme source essentielle de son énergie : 90% de l’électricité chinoise est produite par du charbon et le charbon est responsable de 75% des émissions mondiales de CO2 provenant d’énergies fossiles.
c) Ajuster le taux de croissance : Le développement économique de ces 15 dernières années a été beaucoup plus rapide que les capacités politiques à y répondre. Le PNB de la Chine a cru de 10 à 11% entre 2001 et 2012 et dépassera celui des USA en 2016.
d) Ajuster les institutions locales
e) Développement des institutions globales.
Stopper la croissance économique ?
cela provoquerait une révolution. En effet les gains de niveau de vie sont une force irrésistible en Chine. Par exemple : posséder une voiture et un appartement constitue , pour les jeunes chinois, le sésame de … la conquête féminine et du mariage (sexe ratio : 113 hommes pour 100 femmes).
Des éléments encourageants :
Outre la prise de conscience du peuple chinois et de ses dirigeants (voir plus haut), l’économie chinoise se caractérise par une grande réactivité.
Ainsi en quelques années la Chine est devenue leader dans le domaine des panneaux solaires (non sans dommage pour l’économie européenne lire le billet : l’Europe est-elle désarmée face à la Chine) et des turbines éoliennes.
La chine prévoit d’étendre son réseau ferroviaire TGV de 1600 km d’ici 2020 en construisant le plus grand réseau TGV au monde entre Shanghai, Xian, Chengdu, Wuhan, Guangzhou, et Pékin.
Tassement de la croissance chinoise qui ne fut que de 7,8% en 2012.
Les émissions de CO2, en chine, n’ont augmenté que de 3% en 2012 contre une moyenne de 10%/an de 2001 à 2011. la demande d’énergie par unité de croissance de PNB a diminué de 3,6% en 2012.
Quelques indicateurs encourageants en 2012 : baisse respectivement de 4,7%, 7,5%, 3,4% de la consommation de ciments, d’acier et d’électricité.
Un grand merci au Pr Yves TIBERGHIEN d‘avoir bien voulu me transmettre sa présentation à l’issue de sa conférence.