De quel projet s'agit-il ?

Un document qui fait actuellement l'objet de " discussions internes au sein du ministère ", devrait être proposé aux inspecteurs d'académie puis aux enseignants d'ici la fin de l'année, a ajouté le ministre. Cet " outil de repérage " qui ne serait pas obligatoire, s'adresserait aux élèves de grande section maternelle (de 5-6 ans). L'évaluation se déroulerait en trois temps : évaluation par les enseignants dès novembre "du comportement à l'école, du langage, de la motricité et de la conscience phonologique ". En fonction des résultats, le classement se ferait en trois catégories : " RAS " (rien à signaler), " risque " et " haut risque ".
Dans un second temps, les enfants en difficulté pourraient bénéficier d'" un entraînement progressif " conduit par les enseignants.
Enfin, en mai-juin, une évaluation serait proposée pour faire le point sur " la compréhension de consignes ", " la maîtrise du vocabulaire ", " la qualité de la production orale ", " la connaissance des nombres ", et le respect des " règles de vie commune ".

Qu'en pensent nos élus Havrais ?

En séance du Conseil municipal du 17 octobre, le sujet a donné lieu à débats dont voici quelques extraits.

Mme NAIL : " le but de l'école maternelle est d'aider l'enfant à devenir élève, mais pas de le cataloguer à vie". Pour l'élue, il s'agirait aussi de" remettre en cause le métier même des enseignants, qui n'ont pas attendu pour signaler les enfants en difficulté aux autorités compétentes" ainsi que "les principes républicains" en raison de la diffusion des résultats dans des fichiers "qui permettrait ainsi au ministère d'établir une moyenne nationale, et donc d'entraîner une compétition entre les écoles".

Pour M. CHABROLLE, "cette évaluation est indispensable pour les élèves en difficulté.
Si nous ne les repérons pas, comment pourra-t-on les aider ?
Commencée tard, leur prise en charge devient plus difficile. De même, mon expérience de pédiatre, qui a participé à l'installation du Centre d'action médico-sociale précoce (C.A.M.S.P.) au Havre, me fait dire que plus le repérage est précoce, parfois même néonatal, plus le pronostic à long terme pour l'enfant est meilleur. C'est contre ce manque de chance qu'il faut lutter, et regrouper nos forces."

Pour M. LOGIOU, " il faut faire confiance au monde de la santé et à l'Education nationale, plutôt que systématiquement mettre en place des évaluations. L'évaluation a un aspect qui est un peu mécanique, et il vaut mieux avoir plus de professionnels pour s'occuper des enfants, plutôt que de mettre des évaluations systématiques, qui sont contrôlées au niveau national, et qui ne prouvent pas leur efficacité."

M. PAUL, qui a eu l'occasion d'enseigner en maternelle, refuse ce moment particulier : "attention à cette systématisation (...) : une déficience, quelle que soit sa nature, n'est pas obligatoirement quelque chose de définitif. (...) s'il y a quelque chose à faire, c'est de recommander qu'il y ait, d'un bout à l'autre de la chaîne de l'enfance cette attention"

Edouard PHILIPPE : "Je peux parfaitement comprendre que des questions soient posées sur un dispositif, et que nous puissions même avoir l'idée qu'il soit inadapté ou que nous puissions le discuter. Par contre, je rejoins volontiers Jean-Pierre CHABROLLE, lorsqu'il affirme qu'il est excessif de dire que le dispositif est contraire au principe républicain. "

Qu'en pensent les professionnels ?

Certains y voient un outil de prévention : pour Antoine Guedeney, pédopsychiatre à l'hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris), " c'est une bonne idée, surtout si les exercices proposés aux élèves ne sont pas seulement scolaires et portent sur le langage, le comportement, l'expression émotionnelle ". Le praticien, qui regrette le déni de la société française face à la reconnaissance précoce des troubles du comportement, estime que l'école reste un lieu de prévention important.

D'autres redoutent une entreprise de fichage. " On marche sur la tête " ironise le SNUipp-FSU. " Les enseignant(e)s de maternelle savent très bien identifier, dans le cadre habituel des activités en classe, les enfants qui ont besoin d'accompagnement particulier. C'est leur métier. Ils n'ont nul besoin d'un dispositif inadapté et pernicieux ", renchérit le syndicat SE-Unsa.

Qu'en pensent les parents ?

S'agissant des fédérations de parents d'élèves, la FCPE estime qu'" on colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants " tandis que la PEEP regrette le côté inachevé du projet et émet des réserves " quant aux termes inappropriés utilisés pour qualifier les catégories auxquelles les enfants sont rattachés ".

Et vous , qu'en pensez vous ?

Favorable pour ma part à cette évaluation, il serait intéressant de connaître le point de vue des internautes havrais sur cette question...