Les effets se sont faits nettement sentir dans le secteur de l'automobile, le marché mondial est en recul de 4,8%, Renault affichant une baisse des ventes de 4,2%. Décidé avant la crise économique, le site de Renault Sandouville entame un nouveau plan de réduction des effectifs (3817 en 2007, 3300 début 2008 vs 3000 fin 2008 : 245 départs volontaires sur les 1000 prévus).
La diminution du nombre de salariés va se poursuivre puisque l'objectif annoncé à fin 2009 est de 2500 salariés sur le site.
Un espoir réside dans l'arrivée d'un nouveau modèle (véhicules utilitaires) vers 2011.

Les fournisseurs de l'industrie automobile subissent de plein fouet les effets de cet effondrement du marché. Les conséquences sont d'autant plus fortes que Renault Sandouville est leur seul client. C'est notamment le cas de Plastic Omnium dont le site de Saint Romain de Colbosc a du fermer et licencier 219 salariés même si la décision a été prise avant le début de la crise. Faurecia-Siemar est également affecté, le sous traitant exclusif de Renault se voit dans l'obligation de réduire de quasiment de moitié ses effectifs pour passer à environ 150 salariés (ils étaient quasiment 700 en 2000!)

Pour le port du havre, le bilan reste mitigé sur 2008 (cf billet sur le "bilan du port du Havre"). Certes, le port du Havre franchit la barre des 80 Mt traitées ( +1,4% vs. 2007 en trafic total) mais l'activité conteneurisé est en net recul (-7% en Mt vs. 2007). Ce déficit de volume est principalement lié à la chute très importante des transbordements (-40% sur le Havre) eux mêmes directement affectés par les mouvement sociaux du milieu de l'année 2008 (perte de 98 escales dont le plus grand bénéficiaire fut le port d'Anvers).

En termes d'emplois les risques sont à la mesure de l'ampleur de la crise économique : 2009 s'annonce une année difficile pour le port du Havre. Les responsables s'attendent à une baisse importante de l'activité avec des suppressions de CDD et des mises en chômage technique probables pour les CDI.
La chute du trafic roulier est vertigineuse. La baisse du trafic conteneur a connu des accès à -30% en début janvier 2009 pour se stabiliser vers -10% et -15%. Le vrac liquide et solide est stable.
Chris
tian Leroux , le président de l'Umep déclare :"L'incertitude est un frein pour les affaires. Cela se traduit également par une stagnation des embauches". Cela dit, la situation n'est pas meilleure pour les autres ports du range Nord où la baisse estimée des volumes s' élève à 30% notamment sur le trafic conteneurisé et les transbordements cliquez-ici .
Avec la crise, les armateurs connaissent de grandes difficultés et se lancent dans d'importantes restructurations : gel des commandes de bateaux, regroupement de commandes, remise aux normes, rationalisation, changement de lignes, désarmement (cf Maersck ou CSAV) etc…Cette baisse des volumes va mettre fin à la congestion des ports du range nord et augmenter la concurrence.
Cette situation n'est pas en faveur du port du Havre qui va perdre de ce fait le bénéfice de sa "disponibilité" .
Dans une intervention au conseil communautaire de la CODAH, le jeudi 5 février 2009, j'ai fait part de mon inquiétude pour ce secteur d'activité : "une baisse de l'activité portuaire : c'est moins d'emploi, plus de précarité, et moins de pouvoir d'achat". pour lire mon intervention cliquez ici.

Malgré ce contexte peu favorable, le port du Havre maintient et même renforce son programme d'investissements. Les opérateurs de terminaux maintiennent également les programmes prévus (1 poste à quai de port 2000 =100Millions d'euros d'investis). 6 nouveaux postes à quai sur Port 2000 seront livrés en 2010 pour être opérationnels en 2011. Rénovation des quais du port intérieur (Osaka, Atlantique et Asie) pour un total de 140 M. d'€. L'effet dynamisant de ces investissements devrait, selon les experts, permettre la création de 8000 nouveaux emplois dans les 5 prochaines années.

La branche logistique est également touchée. Ce secteur a du pratiquer d'importantes baisses de tarif : 50 000m2 d'entrepôts sont disponibles à la location (pour mémoire il y a 1,5 millions m2 d'entrepots dans la région du Havre dont 1 millions d'entrepots modernes et 0,5 millions d'entrepots anciens) et 20% des surfaces logistiques sont vides. Les entreprises les plus concernées sont celles dont les flux provenaient de Chine (baissé de 30% sur les derniers mois). Les prévisions de croissance chinoises sont de 5 à 6% pour 2009 vs. 11% sur les années précédentes en moyenne. Par ailleurs, les scores à l'exportation conteneurisé sont mauvais (-30%). Ce contexte peu favorable induit un gel des décisions et des lancements de nouveaux chantiers et par conséquent un blocage des embauches à plus ou moins long terme.

Le secteur tertiaire maritime et logistique est fortement touché par la baisse des flux (notamment sur la Chine). L'emploi tertiaire est fortement lié au volume : si on considère que 100 conteneurs par semaine génère 4 à 5 emplois administratifs, on comprend bien l'enjeu essentiel de la progression des flux.

Dans le secteur de la chimie et pétrochimie la sensibilité à l'emploi face à la crise reste plus "atténuée" du fait de la forte automatisation de ce secteur. Même si la demande extérieure en super (USA) est en baisse la demande de gazole reste soutenue. Les programmes d'investissements sont maintenus et pourront générer, dans leur phase de réalisation, un emploi significatif : on estime à environ 1 emploi plein temps (durant la phase de réalisation) par million investi. Or, entre Total, EXXON et La Rafinerie de Normandie les investissements prévus s'élèvent à 490 millions €.

L'aéronautique, représentée par Aircelle au Havre, est un secteur qui travaille sur des cycles longs, les unités de production du Havre ne sont donc pas touchées mais il ne faut pas non plus s'attendre à beaucoup de recrutement à court terme.

La construction semble, pour le moment, moins affectée par la crise, le volume des chantiers lancés assure le maintien d'un niveau d'activité relativement élevé pour les quelques mois à venir comme le déclare Patrick Percepied, Président de la FFB au Havre :"Nous assistons à un fléchissement depuis Septembre....mais si l'on compare avec d'autres régions, le carnets de commande se tiennent plutôt mieux au Havre". (Pour mémoire : le coût de la construction est anormalement élevé au Havre par rapport aux autres régions de France).
Les choses sont en revanche moins assurées pour la suite et le milieu de l'année 2009 risque d'être plus en retrait :"En moyenne les carnets de commande sont pleins sur 6 mois, jusqu'à mi-2009.....Après la mi-2009, c'est un peu la boule de cristal...". Dans le domaine de l'habitat neuf privé, la tendance est à l'attentisme et on note une baisse de 25 à 30% du nombre des permis de construire sur les 4 derniers mois. L'emploi dans ce secteur risque d'en être affecté comme le déclare Patrick Percepied : ""Il y a toujours des postes à pourvoir mais les entrepreneurs sont plus prudents. S' il y a des restrictions de personnel ce sera sur la main d'oeuvre temporaire".
En Haute Normandie le nombre de permis de construire pour les logements ou locaux neufs a reculé de 38% en 2008. Seuls 6 400 logements neufs (dont 20% de logements sociaux neufs) ont été construits (10 000 logements neufs construits en 2007 année exceptionnelle). La crise n'est pas la seule en cause pour expliquer ce recul d'autres facteurs l'expliquent : l'accès aux crédits immobiliers s'est resserré et le prix élevé du foncier dans les agglomérations de la région.

L'immobilier (côté transactions) est, à ce jour, nettement plus touché par la crise : -40% pour les transactions logement et -15% pour les transactions tertiaires. (Pour mémoire : 12 000 m2 de bureaux occupés génèrent 1000 emplois.).

La CODAH et La ville du Havre soutiennent l'économie locale et surtout le secteur de la construction par leur plan d'investissement d'un milliard d'euros sur les 5 années à venir : tramway, grand stade, etc....

Quelques indicateurs viennent confirmer ce contexte économique difficile :

  • Les dépôts de bilan sont en hausse "sur les 4 derniers mois nous sommes passés à une vingtaine de dossiers par mois contre une douzaine habituellement" déclare Jérôme Derudder, président du tribunal de commerce, la crise ayant eu rôle d'accélérateur "Il s'agit surtout de petites entreprises qui étaient déjà fragilisées. La crise n'a pas arrangé leur situation". Par ailleurs, l'étude annuelle d'Altares sur les défaillances d'entreprises fait état de 110 défaillances (redressement ou liquidation judiciaire) en 2008 en Haute-Normandie (+18% par rapport à 2007). Les défaillances d'entreprises de moins de trois ans sont en hausse de 26%, celles ayant plus de quinze ans de 22%. Les secteurs du bâtiment, de l'immobilier, du transport sont particulièrement touchés.

  • Un taux de chômage qui progresse plus que le national sur ces derniers mois : Le chômage a progressé de près de 15% en 2008 dans l'agglomération du Havre. Selon le ministère du Travail, le nombre de demandeurs d'emploi a progressé de 14,8% en Haute-Normandie (+11,7% pour la France métropolitaine). La dégradation de la situation de l'emploi s'est accentuée au 2e semestre. 26,6% des jeunes de moins de 25 ans sont concernés par le chômage (21% pour la moyenne nationale), le chômage de longue durée a augmenté de 11% (+3,3% au plan national).

 

Même si les chiffres de la consommation dans les derniers mois de l'année 2008 sont stables dans la région havraise, on observe bien les effets de la crise avec une sensibilité emploi sans doute amplifiée sur notre région. Les causes principales en sont probablement un tissu économique plus industriel, des emplois moins qualifiés, un niveau de qualifications inférieure à la moyenne française, plus d'emploi "précaire" (CDD..) et donc une population plus affectée par les licenciements lorsque la situation économique se tend.