Médias : un 4ème pouvoir ? Conférence d'éric ZEMMOUR à la CCI du Havre
Par Marc Migraine le dimanche 1 février 2009, 22:27 - vivre ensemble au Havre - Lien permanent
Eric
Zemmour, journaliste politique et chroniqueur chez Laurent Ruquier était
l'invité de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Havre ce mardi 27
janvier dans le cadre du cycle de conférence "Estuaire et Confluences".
Jamais les journalistes n'ont été aussi glorifiés,
jamais autant de jeunes gens n'ont rêvé de devenir journaliste,
et jamais on a autant vanté le 4ème pouvoir.
Mais, paradoxalement, ce métier est aujourd'hui en sursis.
"C'est un univers qui est en train d'être aspiré par
le bas, entre décrédibilisation auprès des gens, prolétarisation
des journalistes, pipolisation et ruine économique."
Le journalisme est une profession qui se paupérisé tant économiquement
que culturellement, l'effondrement du système scolaire produisant l'inculture
des jeunes journalistes, caractéristique commune à l'ensemble de leur
génération.
Le modèle de la presse française est à l'agonie :
- ce média a perdu ce qui faisait son identité au profit d'une sous information consensuelle, normalisée et peopolisé
- le système survit grâce aux subventions sans réelle viabilité économique.
Dans ce contexte, la notion de 4ème pouvoir est-elle toujours d'actualité : "Instinctivement, explique Eric Zemmour, j'estime que le terme de 4 ème pouvoir est plutôt dépassé. En fait, la place des médias est très ambigüe. Ils sont à la fois le 1er pouvoir et à la fois rien du tout".
Presse Française contre Presse anglo-saxonne.
La presse est liée à une époque : la révolution et à une idéologie : le libéralisme. On le voit au travers de la révolution de 1830 qui chasse Charles X, à cause de ses restrictions sur la presse.
A cette époque, la presse française a 2 caractéristiques :
- le goût pour la polémique, d'où un foisonnement de publications, la presse écrite devenant l'agora, le support de tous les débats et polémiques...
- l'amour des belles lettres et de la littérature : les plus grands écrivains (Victor Hugo, Chateaubriand...) publient leurs romans sous forme de "feuilletons" dans les journaux avant même leur publication, ils utilisent la presse pour ensuite vendre leur livre.
Aux antipodes de la presse française dominée par la forme et le style, les journaux anglo saxons se concentrent sur le fond c'est à dire l'information, les éléments pratiques de la vie : cohabitent donc en Europe deux courants.
L'après guerre : l'apogée et le déclin (la
télé assassine la presse)
Dans l'entre-deux-guerres, on observe un foisonnement des journaux mais, les journalistes sont corrompus, achetés par les puissances étrangères ou par des patrons d'entreprise. En 1945, la volonté du général de Gaule est de " mettre de la vertu " dans ce foisonnement en supprimant les journaux qui ont collaboré, en limitant le pouvoir des patrons (qui ne peuvent constituer d'empire de presse) et en créant de nouveaux journaux comme le Monde. Parallèlement, les communistes très puissants à cette époque, ont investi le secteur de la presse avec le syndicat du livre.
Dans la période de l'après guerre les autres médias n'ont pas encore érodé la Presse et France Soir (Lazareff) avec son million de lecteurs et ses grands reporters comme Joseph Kessel constitue le symbole de la presse écrite de cette époque .
Mais la large diffusion de la télévision et de ses émissions va peu à peu asphyxier la presse écrite et, dans les années 60 la télévision devient le coeur de la presse médiatique. On peut dire que, dans ces années là, la télévision assassine la presse : France Soir se meurt.... A cette même époque, on observe une nette opposition "politique" entre la presse écrite qui se dit "anti-gaulliste" et la télévision plus conservatrice. D'où la réaction du Général de Gaule face à son ministre de l'information " c'est ma télé " et ce sont " vos journaux ".
Ce schéma explose en 1974 avec la fin de l'ORTF qui portait en germe la privatisation des médias.
Les années 80 : la pensée unique envahit les médias
A partir de 1983, c'est le virage politique de la gauche qui se soumet aux lois du libéralisme, de l'europe, permettant ainsi un rapprochement des lignes politiques de la gauche et de la droite. La victoire qu'elle soit de nature économique à droite, ou de nature sociétale à gauche, permet l'émergence de la pensée unique.
Cette "centralisation" des lignes politiques amène un changement radical au sein de la presse française. Les patrons de presse français vont désormais s'aligner sur le modèle anglo-saxon, alignement tant esthétique (la forme) que sur le fond. On demande moins de style, d'idéologie, d'opinions au profit de l'information brute et neutre et des faits sans commentaire... (bien que cela ne soit pas dans la tradition de la presse française où le fait est mis en perspective par le commentaire).
Ce "graal poursuivi par les patrons français avec passion", a pour effet une mise aux normes idéologique de la presse française qui se voit désormais dans l' obligation de respecter les présupposés de la nouvelle mondialisation. Le mode de la pensée unique est en marche et les journaux se retrouvent d'accord sur de nombreux sujets : la guerre contre la Serbie, l'europe, l'immigration, la mondialisation…..
La mort à petit feu de la presse française
Dans les années 2000, les grands patrons reviennent à la tête des journaux (ils en avaient été exclus à la libération) : le symbole : Rotchild à Libération. Ils choisissent des rédacteurs en chef capables d'influer sur la ligne éditoriale du journal. La censure est finalement peu nécessaire tant le centrisme de gauche, dominant chez les journalistes, se rapproche du centrisme de droite des patrons. Le journaliste comme le patron sont tous 2 formatés !
La presse francaise en danger
Le modèle économique de la presse française est en danger et ceci pour plusieurs raisons :
- Le coût de la fabrication qui est plus élevé de 40 % en France ("merci le syndicat du livre").
- Les gratuits : ils ont été autorisés car selon la tradition française le journal n'est pas un produit comme un autre, c'est un tract, comme en 1830. L'arrivée des gratuits constitue un véritable scandale contre lequel les patrons de presse allemands se sont opposés victorieusement.
- L'effondrement du nombre de lecteurs : les principaux responsables étant la télévision et une "culture de la lecture" qui disparaît avec les nouvelles générations
- La baisse globale des ventes : Ainsi c'est la publicité qui permet à la presse de survivre et non les ventes de journaux. Résultats : Aggravation de la ligne bien pensante. Ainsi le Figaro s'est centralisé (pas de ligne anti-immigré). Le journal Marianne est boycotté par les agences de pub, malgré ces 200 000 lecteurs hebdomadaires, car il n'est pas politiquement correct.
Les médias sont de plus en plus télévisuels, et deviennent des relais de communication, au détriment de l'information. La profession se féminise et l'approche de ce métier change : "c'est moins la guerre idéologique et plus l'émotion ou l'image qui prend le pas sur l'écrit", et "la féminisation répond à ce contexte". Exemple : "Laurence Ferrari sort d'une école d'attaché de presse et remplace PPDA qui a fait science po... "
Au cours de cette mutation, la presse française a perdu ses racines, son identité et n'a pas réussi à s'approprier les vertus anglo-saxonnes : l'info demande beaucoup d'argent : les médias français n'en ont pas les moyens et n'ont pas la rigueur de la presse anglo-saxonne.
La pipolisation des politiques
On assiste désormais au grand déballage sans aucune distinction entre vie privée et vie publique. L'idée même de défendre des idées politiques originales n'a plus cours, les nouveaux clercs, adeptes de la pensée unique en politique, sont les peoples qui racontent leur vie privé... faute d'éléments discriminants idéologiques. Pour rester au cœur des gens, les politiques parlent de leur vie privée, leur enfant, leur femme. La peopilisation de la vie politique est la conséquence de l'évolution dans la mondialisation et son corrolaire : la pensée unique. Les politiques ont été dépossédés du pouvoir au profit des financiers.
Pour éric ZEMMOUR le vrai ministre de la justice n'est pas celle à qui on pense mais le conseiller juridique de l'élysée : "Rachida DATI n'est pas ministre elle est star, elle a un enfant, comme elle n'a pas le pouvoir il faut qu'elle s'invente un rôle".
L'évolution des relations Politique - Médias
Le politique court aprés les médias : les années 80.
Dans les années 60 : la télévision est aux ordres du gouvernement et la presse de "toutes les couleurs".
Puis, avec les années 80, il y a recentrage des journaux autour de la pensée unique et les politiques sont "soumis" aux médias :
- Soumission formelle qui impose un certain rythme
: temps court, réactivité, transparence, émotivité (qui prend le pas sur le
fond…), Les médias s'imposent aux politiques,
ils imposent leurs agendas, leur idéologie, leur mode de communication
avec le peuple, coupant le dialogue entre les politiques
et celui-ci.
- Adhésion aux idées générales de la pensée unique. Les médias créent leur propre idéologie et comme 80% des journalistes sont de centre gauche, ce mode de pensée est imposé aux politiques et la droite se soumet au politiquement correct de rigueur : "En imposant la forme, ils ont aussi imposé le fond, c'est à dire une sorte de sous idéologie médiatique".
Les médias courent aprés le politique : les années 2000.
On assiste aujourd'hui à un retournement
de situation, c'est la revanche du politique sur les médias
:"et maintenant avec Nicolas Sarkozy, il y a une nouvelle manière,
héritée des Etats-Unis de maîtriser les médias. Contrairement
à ce que l'on croit, ce ne sont pas les mêmes manières que
dans les années 60. Elles ont changé et sont devenues plus subtiles".
Les républicains américains ont, les premiers, réussi à transformer
le rapport entre le politique et les médias en "nourrissant"
la presse.
A partir de l'ère Reagan, on voit le président américain livrer régulièrement
des informations, les médias se devant de suivre cette actualité et le culte
de l'actualité s'est retourné contre eux.
Bill CLINTON s'amusait à demander à ses conseillers : "What's
next". Qu'est-ce-qu'on va bien pouvoir raconter à la prochaine conférence
de presse présidentielle qui a lieu tous les jours aux USA.
Nicolas Sarkozy procède de la même façon et devient une
sorte de super rédacteur en chef de la presse et des médias.
Quand on impose son agenda on impose son idéologie.
Internet : sauveur du journalisme à la française
?
Dans ce tableau peu encourageant, on peut imaginer qu'Internet puisse constituer une forme "d'avenir de la presse écrite". Certes, on y trouve tout et n'importe quoi, mais on retrouve également le foisonnement d'opinions et de journaux qui faisaient la richesse de la presse existant en France au 19ème siécle. C'est un domaine prometteur mais totalement imprévisible ... à observer !
Pour terminer je vous propose le "clash d'Attali avec Eric Zemmour où Attali part brutalement du plateau de on est pas couché, contrarié par les arguments des chroniqueurs sur la crise économique"
Commentaires
fin des commentaires pour cause d'attaque spam
fin des commentaires pour cause d'attaque spam