En 1914, Le Havre comptait trois régiments :

  • Le 129ème régiment d'infanterie : Régiment d'active, régiment d'élite, engagé dans des opérations coup de poing.
  • Le 329ème régiment de réservistes. Sous la 3ème république et en temps de guerre, les régiments se dédoublaient. Le nouveau régiment portant le numéro augmenté de 200.
  • Le 24ème RIT : Régiment d'Infanterie Territoriale affecté à la surveillance des ponts et au creusement des tranchées.

Nous possédons trés peu d'informations sur les raisons de la condamnation de Marcel CHEMIN, Adolphe LEFRANCOIS, Marcel LEBOUC et Henri MILLE. Ce que nous savons avec certitude, c'est qu'en mai 1917, ces trois soldats appartenaient à l'un des trois bataillons du 129ème régiment d'infanterie engagés dans la vaste offensive de 1917 du Chemin des dames.
Ce bataillon d'un millier d'hommes environ était au repos à l'arrière. A la fin de leur période de repos, les 28 et 29 mai 1917, les soldats ont été appelés à remonter au front. Mais conscients que leur combat devait se dérouler sur le théatre des opérations où tant de leurs camarades étaient tombés, réalisant les vaines et mortelles attaques des semaines précédentes, ils ont collectivement décidé de refuser d'obtempérer.

Les évenements se sont ensuite rapidement enchaînés. Sous le commandement du général Mangin, dit "Le Boucher", le bataillon a été écarté le 30 mai 1917 de la zone du front ; quatre soldats pris au hasard - ou sur des critères inconnus - ont été fusillés pour l'exemple le 28 juin 1917 dans le village de RARE COURT dans la Meuse.


Je tiens ces informations,de Francois VAUDOUR, historien amateur, membre du Centre Havrais de Recherche Historique qui a animé une conférence sur l'histoire du 129ème régiment d'infanterie l'hiver dernier et que j'ai recemment rencontré.
A ma connaissance, ce sont les seuls éléments connus sur le sujet ; les archives municipales ne recueilleant pas de données militaires, il faudrait consulter les archives militaires entreposées au Chateau de Vincennes à Paris.

Je n'entends pas ici faire le procès de l'indispensable obéissance aux ordres dans l'armée.

Je souhaite simplement attirer l'attention du conseil municipal sur l'arbitraire des décisions prises à cette époque :

  • arbitraire des chefs d'inculpation,
  • arbitraire dans le choix des condamnés,
  • arbitraire dans la composition des conseils de guerre : il s'agissait de trois haut gradés issus du même régiment. Le pouvoir politique de l'époque a vite donné, dès les premiers mois de la guerre, un blanc seing à la justice militaire. Les sentences sont précipitées, les condamnations expéditives.

La question de la réhabilitation des soldats fusillés pour l'exemple pendant la Grande Guerre ne peut être un sujet de politique partisane. Le Président de la République lui même a envisagé une réhabilitation collective le 11 novembre 2008, et je me réjouis que le groupe communiste du conseil municipal du Havre s'associe à cette volonté de justice posthume.

Le mouvement est d'ailleurs largement lancé, puisque sur les 550 soldats exécutés, 30 à 40% ont déjà été réhabilités, certains dès 1920.

Rappelons enfin que la France n'est pas seule à avoir "fusillé des soldats pour l'exemple" : 750 soldats Italiens ont également été exécutés, 330 Britanniques, 48 Allemands. Tous les "fusillés pour l'exemple" Britanniques ont été réhabilités.

Le conseil municipal n'ayant pas les informations suffisantes pour emettre le voeu ou pour déposer une demande en faveur de la réhabilitation de Marcel LEBOUC, Adolphe LEFRANCOIS, Marcel CHEMIN et Henri MILLE, je propose qu'il demande l'ouverture des archives militaires, afin de consulter le dossier militaire de ces quatre soldats.

Pour plus d'information, je vous invite à lire le compte rendu du documentaire "Fusillés pour l'exemple" rédigé le 29 mars 2009 en cliquant ici.