Résumé
de l'intervention de Jean-Louis BOURLANGES (député européen
UDF) au Havre le 9 février à l'invitation de la Maison de l'Europe
pour les 50 ans du traité de Rome.
L'état actuel de l'europe :
L'Europe connaît une passe difficile à la suite du non français à la constitution
tant la France fut par le passé à l'origine des avancées européennes : " Quand
la France tousse l'Europe est malade. " Ainsi lors de la réunion à Lisbonne,
en janvier 2007, des pays ayant voté oui à la constitution aucune avancée significative
ni aucune initiative n'est apparue.
L'ambition du traité de Rome :
1re objectif : Etablir la paix : réconcilier les peuples européens
en créant une communauté de droit fondé sur l'égalité des partenaires.
L'idée qu'un pays puisse imposer son hégémonie à l'autre devait disparaître.
2ème objectif : rétablir la prospérité économique sur des bases
plus saines que dans les années 30 où l'autarcie économique a conduit à une
économie de guerre.
Il s'est agi d'ouvrir les frontières, d'organiser la concurrence pour créer
un large espace économique : ce que le général de Gaule qualifiait de " Vent
salubre de la concurrence ". Le traité de Rome a également permis de moderniser
l'agriculture.
Le
pacte atlantique :
Le développement de l'union européenne s'est faite dans le cadre du pacte atlantique.
Les européens ne pouvaient faire face seuls à la menace communiste sans les
américains. L'alliance atlantique a consisté à équilibrer la présence russe
par l'alliance américaine.
L'union européenne apparaissait comme une communauté économique dans le cadre
d'une communauté politique plus large.
Ainsi la menace soviétique a contribué à la dichotomie de l'union européenne
avec une Europe économique présente et une Europe politique absente.
L'économie de l'Europe a été largement soutenue par les USA.
La tentative maladroite du général de Gaule.
En voulant créer une défense européenne commune en s'affranchissant de l'aide
américaine Le général de Gaule a voulu faire l'Europe politique. Ce faisant
il a fait peur aux partenaires européens qui ne voulaient pas du retrait des
américains. Cette situation a duré jusqu'à la fin de la guerre froide.
Coup de chapeau à Mitterand
Le Président MITTERAND a soutenu Helmut KOHL pour l'implantation de fusées
américaines dirigées vers l'est en réponse à l'installation des fusées russes
en Europe de l'est : " les pacifistes sont à l'ouest mais les fusées sont à
l'est ".
Cet acte a été à l'origine d'une coopération militaire : brigade franco-allemande
et a grandement contribué à l'apparition du système monétaire européen.
Ainsi L'euro est sorti d'une déclaration de solidarité contre les soviétiques
dans une idée favorable aux usa.
Les relations des USA avec l'europe.
La vision de l'Europe pour les américains est passée par 4 phases :
- Un modèle : L'Europe a fasciné l'Amérique jusque dans les
années 30.
- Un enjeu : défendre l'Europe dans le face à face avec la Russie.
- Un désintérêt : depuis 1989 l'Europe n'est pas un modèle,
ni un enjeu : ce fut la politique de Georges Bush lors de l'entrée en guerre
en Irak.
- Un regain d'intérêt pour l'Europe : les américains réalisent
qu'ils ne peuvent agir seuls. Ils retrouvent ainsi respect et considération
pour leur partenaire européen.
Ces 20 dernières années l'Europe a connu 3 évolutions
majeures :
1) la chute du mur de Berlin. La menace communiste fut un fort
élément fédérateur de l'Union Européenne. Depuis la chute du mur de Berlin l'Europe
connaît une situation nouvelle dont la question centrale est comment fédérer
l'union des européens.
2) Les USA ne sont plus un élément fédérateur pour les européens.
Avant les Américains s'occupaient de la défense à la place de l'Europe. L'europe
s'était "peace and love". " les américains font le repas, les européens font
la vaisselle (cad des actions humanitaires) ". Les européens doivent prendre
conscience de la nécessité de défendre ses intérêts et de promouvoir ses valeurs.
3) La mondialisation. Les européens et singulièrement les français
doivent accepter la mondialisation et considérer l'Europe comme un moyen pour
peser dans la mondialisation.
L'échec du référendum :
La campagne sur le référendum n'a pas porté sur la constitution mais sur le
traité de Rome adopté il y a 50 ans.
Le thème de la concurrence non faussée est un thème relatif au traité de Rome,
les français n'ont pas la même confiance dans l'ouverture des frontières et
l'économie de marché que les autres pays européens. L'opinion française craint
la concurrence de la Chine et de l'Inde.
Indiscutablement mettre les traités précédents dans la constitution fut une
maladresse.
Une grande université américaine a interrogé les habitants de plusieurs
pays à travers le monde. A la question l'économie de marché est-il le système
le plus efficace : les 2/3 des sondés ont répondu oui sauf en France où ce fut
l'inverse. C'est une exception française.
Nous pouvons distinguer 3 motifs au non français à la constitution européenne
: 1/3 non à chirac, 1/3 souverainiste, 1/3 anti-libéral.
2 raisons au non néérlandais : ½ souverainiste, ½ pas assez libéral. Les opinions
publiques britannique et tchèque partagent l'opinion des hollandais.
Avec sa réticence sur l'économie de marché, la France est en situation de marginalité.
Toutes les gauches européennes réussissent et reconnaissent l'économie de marché
et la mondialisation sauf la France.
L'élargissement de l'Europe.
2 conceptions s'opposent :
- Une conception de l'Europe fondée sur des valeurs : l'Europe
accueille les pays qui partagent ses valeurs. Rocard pense comme cela. Il
s'agit d'une communauté économique.
- Une conception de l'Europe basée sur une identité : l'Europe
se constitue avec des pays qui partagent une identité commune. Il n'y a pas
eu de préparation satisfaisante à l'élargissement. Des inquiétudes sur la
nature de l'Europe sont apparues. Il aurait fallu poser des critères clairs
aux nouveaux entrants (des critères sur le degré de démocratie, sur la lutte
contre la corruption, sur l'économie etc…).
Depuis Maastricht la gestion européenne s'est faite au jour le jour comme des
myopes, l'Europe a dissimulé son indigence en réussissant l'Euro qui est en
fait la dernière manifestation de l'Europe d'hier.
Où s'arrête l'élargissement de l'Europe ?
la Turquie et la Russie ne peuvent faire partie de l'Europe. L'Ukraine et la
Biélorussie n'ont pas vocation à entrer dans l'Europe car ce serait considéré
comme une agression par la Russie.
La Turquie ne peut intégrer l'Europe car il y a trop de différence : la laïcité
turque n'a rien à voir avec la nôtre, la Turquie est en guerre avec un autre
pays européen : Chypre. D'autre part l'armée turque tient le pays. Néanmoins
il ne faut pas humilier le peuple Turque en entamant des négociations d'adhésion
à l'Union Européenne pour refuser son entrée à la fin du processus de négociation.
Que veut faire la France de l'Europe ?
Les français ne savent pas ce qu'ils veulent et les allemands réalisent qu'une
Europe en panne ne les ont pas empêché d'augmenter considérablement leurs exportations
ces dernières années.
Nicolas Sarkozy propose un mini traité voté par le parlement.
Ségolène Royal propose un nouveau traité avec une déclaration
sociale bien que beaucoup de nos partenaires considèrent que le social n'est
pas européen mais national.
François Bayrou propose de soumettre aux français par référendum
la constitution contenant uniquement les institutions sans le reste. L'adaptation
constitutionnelle est indispensable. Le traité de Nice est une aberration avec
par exemple un commissaire européen par état membre. La règle de l'unanimité
paralyse l'Europe des 25. Il faut des institutions plus fortes.
Quelles compétences données à l'Europe ?
Il est communément admis qu'aujourd'hui l'Europe fait tout. En fait c'est faux.
Le noyau dur des compétences européennes est constitué par la concurrence, la
monnaie, le commerce mondial, la PAC, la normalisation économique. Au passage
signalons que les normes sur le fromage au lait cru sont une invention française.
La fiscalité, la politique sociale, la défense, l'éducation, la recherche, la
justice, la police, la politique d'immigration sont conduites par les états.
Conclusion :
Le vrai problème de l'Europe comme du Monde est le suivant : Il n'y aura pas
de paix si la moitié du monde reste pauvre. Il faut réintégrer les pays pauvres.
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