Rencontre
du 2 Février 2005 à l' UDF du HAVRE avec G�rard DUCABLE Maire
d�Isneauville (commune de l'agglomération rouennaise) Conseiller r�gional
de Haute Normandie D�l�gu� communautaire de l�agglom�ration rouennaise. Les
nouvelles responsabilit�s locales, ou les principaux aspects de la � Loi relative
aux libert�s et responsabilit�s locales �du 13 ao�t 2004.
Pourriez-vous en quelques mots nous rappeler les
diff�rentes �tapes du processus de d�centralisation ?
En fait, ce sont les lois DEFERRE du 10 mai 1982 qui marque le d�but de la
d�centralisation en France. Ces lois ont profond�ment modifi� la vie des communes,
des d�partements et des r�gions, ces derni�res �tant d�ailleurs v�ritablement
n�es � cette �poque, r�pondant au v�u du g�n�ral de GAULLE qui en avait souhait�
la cr�ation d�s 1969. M�me si elles sont dessin�es en 1972, elles n�ont pas
alors de r�els pouvoirs. On peut dire tout de m�me que la commune est rest�e
l��l�ment de base de la territorialit� fran�aise et le maire, du fait de sa
double fonction repr�sentant de l�Etat et repr�sentant du conseil municipal,
a renforc� son r�le d�j� important. Cette r�forme a permis une am�lioration
de la vie communale, qui a pris une dimension majeure avec des am�nagements,
des projets, en un mot une nouvelle dynamique pour la vie de la cit�.
Les d�partements ont poursuivi leur mutation et sont devenus incontournables
pour tous les projets de quelque importance.
Notons � ce sujet que leur budget pour les plus importants tels la Seine Maritime
est bien plus cons�quent que celui des r�gions. A titre d�exemple, le budget
du conseil g�n�ral de la Seine maritime est de 1,4 milliard d�euros soit sensiblement
le double du budget de la R�gion Haute-Normandie !
Les R�gions ont par ailleurs toujours du mal � trouver leur r�elle identit�,
elles ne sont (le plus souvent) per�ues (au sein de l�opinion publique) que
comme des distributeurs de subventions, des accompagnateurs de projets alors
que dans le domaine transport, de l�enseignement et de la formation professionnelle,
des p�les d�attractivit� elles peuvent �tre sont de v�ritables initiateurs.
Dans le m�me temps, on a pu assister � des regroupements de la part de collectivit�s
telles que les d�partements, qui ont cr�� des structures pour g�rer leurs nouvelles
comp�tences.
Tout cela �tant bien s�r sans compter sur la propension �tatique de multiplier
les structures d�concentr�es : aussi, nous nous penchons sur le domaine sanitaire,
se chevauchent la DDAS, la DAS et maintenant l�ARH ; ces structures n�ont pas
les m�mes attributions mais les domaines de comp�tences sont tr�s voisins. De
m�me des administrations ont longtemps cohabit�, la DDE et la DDI par exemple
auxquelles se sont adjoints les structures issues de nouvelles coop�rations
intercommunales.
Les lois CHEVEMENENT avait plut�t marqu� l�accent sur les regroupements, les
lois VOYNET sur la vague notion de pays.
Mais
alors�comment comprendre le fait que l�on n�est pas arr�t� cette folie du chevauchement
de structures ?
Tout � fait, devant cet �miettement des centres de d�cision, il �tait alors
grand temps d�envisager un texte afin de proposer plus de clart� dans les responsabilit�s.
Cela pourrait �viter les financements crois�s, permettre que soit exerc� par
un seul �chelon tout un pan de comp�tences.
D�s juin 2002, le projet D�centralisation propos� par l�UDF dont Herv� MORIN
�tait le d�l�gu� g�n�ral fixait les objectifs d�une r�forme ambitieuse, claire
et fonctionnelle.
A titre indicatif prenons l�exemple celui de la voirie :
- La chauss�e est d�partementale
- Le trottoir est communal, la bouche d��gout est intercommunale
- L�avaloir pour le pluvial
- Les convois exceptionnels sont r�gl�s par les services de l�Etat, alors que
la signal�tique est communale et d�partementale.
A titre personnel j�ai d�, dans la fin des ann�es 1990, refaire la voirie de
la D928 et nous avons du n�gocier (et le mot est juste !) avec : 1) la DDE 2)
la DDI 3) La Communaut� d�agglom�ration de ROUEN 4) Le Syndicat intercommunal
d��lectrification 5) France T�l�com 6) CAUE (conseil d�architecture, d�urbanisme
et d�environnement) Cet exemple vous montre combien les choses ne vont pas de
soit dans l�action publique au quotidien.
En outre, depuis quelques ann�es, il paraissait important de mieux d�finir
enfin le r�le des r�gions voir de les regrouper pour les rendre pertinentes
; c��tait d�ailleurs le th�me de campagne notre liste UDF lors des derni�res
�lections r�gionales en NORMANDIE. Une plus grande lisibilit� est certainement
le meilleur moyen de renforcer le lien social et de conforter la notion de bien
publique.
Faire une loi pour l�avenir et non une loi pour les �lus c��tait, on peut
le penser, l�un des buts de cette nouvelle loi.
Un long d�bat a pourtant eu lieu, comment ce texte
s�est-il construit ?
Monsieur le Premier ministre Jean-Pierre RAFFARIN a voulu cette loi de d�centralisation
et il tint � la pr�senter comme l�Acte II de la d�centralisation, elle a �t�
l�objet d�un vif d�bat au sein du parlement.
Initialement elle comportait 125 articles mais par le biais des modifications,
elle en comporte 203.
Les navettes parlementaires en ont donc progressivement chang� le texte et fait
plus grave, les �lections r�gionales passant par l�, le S�nat a fait valoir
son r�le de d�fenseurs des collectivit�s locales, pour limiter le pouvoir des
r�gions en mati�re de d�veloppement �conomique, arguant qu�aucune collectivit�
ne pouvait prendre le pas sur une autre ! Le Premier ministre a du d�autre part
engager la responsabilit� du gouvernement lors de la seconde lecture � l�Assembl�e
Nationale.
Une saisine du conseil constitutionnel par l�opposition le 3 ao�t, a retard�
la promulgation de la loi au 13 ao�t 2004. (D�claration contraire � la constitution
du fait du report du transfert des agents TOS dans les DOM) Plus r�cemment la
commission de Bruxelles a donn� son accord pour que les r�gions puissent �ventuellement
faire varier la TIPP. Il ne reste plus dor�navant qu�� promulguer les d�crets
d�application.
Pourriez-vous nous expliquer les �volutions cons�cutives
� l�entr�e en vigueur de ce texte ?
Le
texte de loi comporte donc 203 articles r�partis en dix titres mais on ne peut
pas dire, � la lecture du texte, que la m�thodologie la plus stricte ait pr�sid�
� sa r�daction. Une centaine d�articles concernent l�intercommunalit�, le transfert
de comp�tences, ils renvoient au code g�n�ral des collectivit�s locales, de
l�urbanisme, de l��ducation, code du travail, code de la voirie routi�re, code
de la route, code de l�aviation civile, code des ports maritimes, code du domaine
fluvial et de la navigation int�rieure, code de l�environnement, code de l�action
social et des familles, code de la construction et de l�habitation, code de
la sant� publique, code civil, code g�n�ral de imp�ts� ainsi que de nombreuses
lois telle la loi du 27 f�vrier 2002 sur la d�mocratie de proximit�.
Vous voyez ici combien cette loi est transversale et combien elle touche toute
la vie de la cit�.
Essayons de reprendre par collectivit� les principales dispositions :
1. La R�gion Elles auront un r�le de coordination des actions d�veloppement
�conomiques des collectivit�s territoriales, mais elles n�auront pas toute
la responsabilit� de ce secteur contrairement � ce qui �tait pr�vu initialement.
De la m�me mani�re en multipliant les contrats avec d�autres niveaux de collectivit�
l�Etat tend � affaiblir les politiques r�gionales en vidant de sens les CPER
(contrat de plan Etat R�gion).
Mais les r�gions auront l�int�gralit� de la comp�tence formation professionnelle
et un plan de d�veloppement des formations professionnelles est institu�. La
r�gion coordonne les actions en faveur de l�accueil, de l�information et de
l�orientation des jeunes et de adultes en vue de leur insertion professionnelle
et sociale. Elle pourra �galement passer des conventions.
La r�gion a en charge la formation des travailleurs sociaux et des professions
param�dicales elle doit donc se pencher sur les besoins. A titre exp�rimental,
pendant quatre ans, elle pourra participer au financement d��quipements sanitaires
et contribuer au fonctionnement des agences r�gionales d�hospitalisation.
La r�gion aura, et c�est l� un sujet de beaucoup de pol�miques, la charge
des personnels TOS des lyc�es.
2. Le D�partement L�action sociale est dor�navant au c�ur de ses responsabilit�s,
puisqu�il la coordonne et la met en �uvre. Le d�partement, met en place le sch�ma
d�organisation sociale et m�dico-sociale, il d�finit les territoires de coordination
de l�action g�rontologique de proximit�. Le d�partement attribuera aux jeunes
en difficult�s de 18 � 25 ans des aides pour l�insertion, des exp�rimentation
pourront voir le jour dans la mise en ouvre de la protection judiciaire de la
jeunesse. Il y aura transfert aux d�partements du classement des �quipements
et organismes de tourisme ainsi que de 15000 kilom�tres de routes nationales
d�class�es. De la m�me mani�re que les r�gions, le d�partement se voit attribuer
la gestion des personnels TOS des coll�ges. Ces nouvelles pr�rogatives ne remettent
pas en cause le r�le majeur du d�partement aupr�s des autres collectivit�s,
reste � savoir s�il en aura toujours la possibilit�.
3. Les Communes et les EPCI (Etablissements publics de coop�ration intercommunale)
Dans le domaine du logement social le pr�fet peut d�l�guer au Maire ou au pr�sident
d� EPCI comp�tent, tout ou partie des possibilit�s financi�res qu�il d�tenait
au titre de l�article L441-1 du code de la construction et de l�habitat. Les
aides de l�Etat, construction, r�habilitation, d�molition des logements sociaux
comme les aides pour la r�novation de l�habitat priv� peuvent �tre d�l�gu�e
aux communes ou EPCI. Ces mesures s�accompagnent d�un assouplissement du contr�le
de l�galit�, et des actes soumis � l �obligation de transmission au pr�fet.
Cela touche la police du maire, l��volution des carri�res des personnels et
les documents d�urbanisme.
Comment tout cela va-t-il pouvoir se mettre en �uvre
sans bloquer la bonne marche des collectivit�s ?
Les transferts de comp�tences devraient �tre achev�es vers 2008, la loi n�cessitera
environ une soixantaine de d�crets d�application et 35 de ces d�crets ont �t�
publi�s � la date du 1er janvier 2005, le reste devant l��tre avant juillet
2005.
Les RMI et RMA ont d�j� �t� transf�r�s au 1er janvier 2004. Le total des transferts
RMI / RMA sera de 5 milliards et 2,2 milliards seront n�cessaires pour les autres
transferts vers les d�partements. Les R�gions devraient b�n�ficier de 2,2 milliards
d�Euros.
Les Pr�fets ont d�j� engag� une consultation sur le transfert des routes nationales.
Les d�partements auront trois mois pour donner leur avis � compter du moment
ou ils auront �t� saisis par l�Etat sur les transferts des routes. Au vu des
remarques un d�cret sera pris en conseil d�Etat, les premiers transferts interviendront
en janvier 2006, l�Etat gardera la gestion de 18 000 kilom�tres de routes nationales
et d�autoroutes.
Un observatoire de la d�centralisation a �t� mis en place par le S�nat le 19
janvier 2005, cet observatoire r�pond � la vocation de la haute assembl�e qui
se veut �tre le repr�sentant des collectivit�s locales.
Malheureusement, cet observatoire est tr�s majoritairement compos� de membres
de l� UMP, ce qui �veille les doutes quant � la libert� de parole de cet
organisme.
L�Etat devra donc compenser chaque transfert par des
moyens financiers correspondants ? Et pour 2005, quels changements se produiront
pour les collectivit�s ?
Oui et c�est l� o� se situe la deuxi�me pol�mique instrumentalis�e de mani�re
souvent grotesque par les pr�sidents de r�gions socialistes.
La compensation est �valu�e � 11 milliards d�euros soit 3 pour les r�gions,
8 pour les d�partements qui seront financ�s en 2005 par le produit de la TIPP
(taxe int�rieure sur les produits p�troliers) et de la taxe sur les conventions
d�assurances (TCA) ; c�est l�article 52 de la loi de finance 2005.
Le projet de loi de finance pour 2005 concr�tise donc les engagements du gouvernement.
La commission de Bruxelles a estim� qu�il s�agissait de ressources propres.
D�autre part dans ce m�me projet de loi de finances, une importante r�forme
de la DGF introduit un renforcement de la p�r�quation : 3 euros par hectare
pour les communes de plaine et 5 euros par hectares pour les communes de montagne,
avec en outre une progression de la DSU et de la DSR. Globalement les concours
financiers de l�Etat aux collectivit�s progresseront de 3%.
On
parle beaucoup du transfert des personnels des coll�ges et des lyc�es, qu�en
est-il exactement ?
Oui, c�est ce que l�on appelle le transfert des TOS. Sont transf�r�s les emplois
pourvus au 31 d�cembre 2004, sauf si les effectifs sont inf�rieurs � 2002. Les
agents doivent choisir dans les deux ans. Cet afflux de personnel va multiplier
par trois ou quatre les effectifs des r�gions, � titre d�exemple la r�gion Haute-Normandie
fonctionne avec un effectif de 389 personnes de rang A ou B et elle aura � g�rer
des personnels de cat�gorie C.
Mais comment les collectivit�s vont pouvoir supporter
ces nouvelles charges ?
Globalement les budgets des r�gions en particulier sont constitu�s de dotations
et leur autonomie est des plus faible. Comme je vous l�ai d�j� laiss� entendre,
ces transferts sont l�occasion pour les r�gions socialistes d�un exercice de
style politicien. Pour mettre en place la d�centralisation, la r�gion PICARDIE
propose une augmentation des taux d�imposition de 30% de la fiscalit� arguant
d�un d�sengagement de l�Etat de quelque 44 millions d�euros, la r�gion CENTRE
envisage des hausses de 50 % pendant que L�ALSACE, seule R�gion tenue par la
droite, proc�dera � une augmentation 2,5 %.
Certains d�partements refusent d�ores et d�j� de prendre des comp�tences optionnelles
Logement, culture, formation et production judiciaire de la jeunesse ; le d�partement
de l�Is�re refuse de prendre en charge certaines routes nationales comme le
RN 75 (Grenoble Sisteron) ou la RN 91 qui donne acc�s � l�Oisans, sous pr�texte
que l�Etat n�a rien fait sur ces routes�D�autres d�partements arguent aussi
de l�augmentation du nombre d�allocataires du RMI qui atteindrait plus de 17%.
Le pr�sident du conseil g�n�ral de l�Is�re estime la mise en place de la d�centralisation
� 40 � 50 millions d�euros sur un budget de 1, O92 milliards d�euros. Face �
ces gros chiffres, il parait plus objectif et intellectuellement plus honn�te
de relativiser cette augmentation de fiscalit�, elle ne serait que de 14 euros
en MIDI PYRENEES et 6 euros en PACA.
La TIPP qui doit servir de manne aux r�gions est sujette � des variations,
son produit a diminu� en 2004 du fait des nouveaux mod�les de voitures et de
la limitation de vitesse, il est possible que cela se p�rennise.
Et pour la R�gion Haute-Normandie, comment cela va�t-il
se passer ?
On ne conna�t pas encore l�augmentation des taux pour la R�gion. La s�ance
pl�ni�re du 20 mars 2005 devrait mettre � l�ordre du jour le vote des taux d�imposition.
Quelle est votre position face � cela ?
Les collectivit�s territoriales, institutions de proximit� s�appr�tent donc
� prendre dans beaucoup de domaines le relais de l�Etat, maintenant reste �
savoir si les niveaux propos�s sont coh�rents et si la m�thode est la bonne.
Mettre en place une loi touchant les collectivit�s, instances d�lib�ratives
s�il en est et �tre oblig� de le faire par un artifice r�glementaire le 49-3
suscitait d�j� quelques questions. Plus important � notre avis est la r�ponse
aux questions suivantes tr�s justement pos�es par le d�put�-Maire de ROUEN Pierre
ALBERTINI :
- Faut-il garder un tel nombre de collectivit�s superpos�es, entra�nant
des niveaux de comp�tences peu lisibles, des projets avec des financements
crois�s ; la loi a-t-elle r�pondu � ce probl�me ?
- A-t-on int�gr� � cette architecture les nouvelles collectivit�s que sont
les Communaut�s, les Pays ? et que repr�sente en milieu urbain des d�coupages
cantonaux de nature avant tout rural ? En un mot, la clarification des r�les
des collectivit�s n�a pas �t� r�solue par cette seconde grande loi de d�centralisation
et c�est l� son plus grand reproche.
ressources
documentaires : 
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