Dans son projet stratégique, le Grand Port Maritime du Havre rappelle que " la compétitivité d'un port sera fonction de sa capacité à traiter dans un temps court un nombre très élevé de mouvements, […], de la capacité d'évacuation adaptée à ces grandes quantités et de la connexion avec un hinterland suffisamment vaste. ".
En un mot, les grands ports de demain seront multimodaux ou ne seront pas

Deux chiffres montrent notre retard dans ce domaine :

  • 5%, c'est le pourcentage de conteneurs évacués du port du Havre par le train. Hambourg est à 34% !
  • 15% : c'est la moyenne des parts modales " massifiées " - le contraire du camion, (du train ou de la barge) - dans les ports français.
    Les ports concurrents sont à 40% !

Il y a urgence à passer à la vitesse supérieure et à fluidifier les trafics des marchandises portuaires au Havre pour au moins trois raisons :

  1. La montée en puissance progressive de Port 2000, qui s'apprête à lancer sa troisième phase de construction de quais, impose le développement des modes massifiés. La route, parfois congestionnée, ne suffira plus.
  2. Elargir l'hinterland et fluidifier le trafic grâce notamment au fer et au fleuve est la condition sine qua non pour rester dans la course des grands ports européens : une étude réalisée en 2009 par l'université d'Anvers établit en effet comme critère déterminant pour le choix d'une escale portuaire, la richesse des connexions avec l'hinterland.
  3. Enfin, sur le plan environnemental, le transport massifié propose des solutions dont les nuisances sont moindres que celles du " tout routier ".

Le Havre lance le plus grand chantier multimodal de France :

L'un des leviers choisis par Le Havre pour fluidifier ses trafics portuaires est de jouer la carte du " multimodal ".
Il s'agit d'associer successivement différents modes de transport :

  • les parcours principaux s'effectuent par modes massifiés : rail, fleuve ou mer (cabotage),
  • les parcours initiaux et/ou terminaux se font par route et sont les plus courts possible.

L'intérêt est double :

  1. simplifier les manutentions portuaires donc améliorer la productivité de la chaîne de transport, tant pour le mode fluvial que ferroviaire ;
  2. encourager les opérateurs à recourir à ces modes de transport massifiés, respectueux de l'environnement.

Objectifs : 4 fois mieux

Le Havre a ainsi décidé la construction du plus grand chantier multimodal de France.
Ce projet consiste à implanter sur la zone industrielle portuaire, en marge du Grand Canal, une vaste plateforme pour trains et barges fluviales, une sorte de grand centre de collecte-distribution de conteneurs acheminés depuis ou vers les différents terminaux par des navettes ferroviaires.
Il y aura dans un premier temps :

  • deux postes à quai fluviaux de 200 m chacun,
  • une cour ferroviaire avec portiques desservant huit voies et
  • un faisceau de soutien permettant l'accès et le départ direct des trains de ligne.

Le chantier est conçu pour permettre un échange rapide entre les navettes de collecte et de distribution des conteneurs vers les terminaux maritimes d'une part, et les barges et trains de ligne d'autre part.

Cet outil permettra d'atteindre les objectifs du Grenelle de l'environnement : au Havre, cela représenterait 1 million d'EVP acheminés en 2020 par transport massifié, soit 4 fois plus qu'aujourd'hui.

Les atouts de la plateforme multimodale

Elle est sans doute le premier étage de la fusée "transports massifiés " : elle offrira à tous les opérateurs longue distance, fluviaux comme ferroviaires, un accès performant, fiable et économique.
Elle sera accessible à l'ensemble des terminaux maritimes, mais également aux activités industrielles de la zone, y compris pour les deux Normandie. Grâce à ce nouvel outil, les clients chargeurs bénéficieront de nouveaux services logistiques. L'horizon de l'hinterland s'élargira.
Du côté du GPMH, on estime que l'apport en terme de trafic maritime supplémentaire directement lié à la réalisation de ce chantier serait de l'ordre de 100 Kevp en 2013, avec une croissance continue jusqu'à 200 Kevp en 2018.

Un site retenu

Le chantier mutimodal s'établira sur la zone industrielle entre l'usine Lafarge et le barreau de l'A29, sur la rive nord du Grand canal.
La plateforme traitera entre 300 et 500 000 EVP.
A terme, 50% du trafic massifié sera traité par ce terminal multimodal et l'autre moitié en transport direct.

Le montage " public-privé" du projet repose sur deux sociétés :

  • une société d'investissement, chargée de réaliser le chantier et dont les actionnaires seront Projenor, la Caisse des Dépôts et Consignations, le Crédit Agricole, ainsi que le GPMH.
  • Une société d'exploitation regroupera quant à elle les principaux opérateurs de transport multimodaux.

Combien ça coûte ?

  • Investissement estimé sur le chantier : 116,5 M€.
  • Aménagements des accès ferroviaires et routiers : 10 M€
  • Adaptation du Grand canal et réalisation des murs de quai : 20 M€
  • Equipement : 13,5 M€.
  • TOTAL estimé : 160 M€

Calendrier prévisionnel de la plateforme multimodale :

  • 20 juin 2008 : le Conseil d'administration du PAH valide l'orientation de réaliser un chantier multimodal au Havre, ainsi que la démarche d'appel à projets.
  • 9 avril 2009 : le Conseil de surveillance du GPMH valide le projet stratégique qui confirme l'intérêt d'un tel projet.
  • 26 juin 2009 : informé de l'avancement du dossier au niveau technique et financier, le Conseil de surveillance confirme l'intérêt du projet du chantier multimodal.
  • 2012 : la première phase de la plateforme pourrait être mise en service.

Conclusion :

Le projet de chantier multimodal constitue l'une des actions fondamentales que le GPMH doit engager.
En développant ainsi du côté terrestre le trafic de conteneurs par voies fluviales et ferroviaires, il permettra d'élargir son hinterland et contribuera à développer sa compétitivité internationale et profiter pleinement du canal seine nord (pour des infos concernant le canal seine nord cliquez ici).

Perspective :

Pour simplifier les mouvements fluviaux à l'intérieur de la zone portuaire, le GPMH poursuit aussi les études autour du projet de prolongement du Grand Canal vers le canal de Tancarville dont l'échéance de réalisation pourrait être fixée vers 2013-2014.
Enfin, à un horizon plus lointain, un autre dossier apparaît : la construction éventuelle de l'écluse fluviale de Port 2000…

Pour des informations sur le canal seine nord cliquez ici