Sond� conn� !
J'ai une super bonne nouvelle pour vous, les amis.
Si, si, je vous assure. La preuve : elle occupait la moitié
de la première page de " la Tribune " le 30 août
2000. Quelle était donc cette nouvelle qui méritait
toute l'attention de ce quotidien qui n'a pas franchement pour
habitude de rigoler ? Un sondage. Un sondage exclusif même
!
Le dit sondage a été effectué
par la respectée maison CSA sur un échantillon représentatif
de la population française, bien sûr. Je ne saurai
jamais le coût de ce travail de fond, du genre qui force
l'admiration, mais je suppose que cela doit se chiffrer en centaines
de milliers de francs. Il a quand même fallu aller interroger
des ménagères lozéroises de moins de cinquante
ans, des étudiants en vacances, des malades alités,
des hommes politiques concentrant toute leur énergie à
nous mobiliser pour ou contre le quinquennat. Bref, l'institut
CSA a dérangé tout un tas de gens pour leur poser
des questions forcément importantes.
Et qu'en ressort-il donc de cet exercice scientifico-estival
? Eh bien tenez-vous bien, je vais citer le titre qui était
en gras : " Selon un sondage CSA - La Tribune, près
de deux Français sur trois réclament une baisse
des impôts, directs ou indirects " ...
? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
Bon, bon, alors là, vous faites comme moi,
vous vous dites " j'ai dû mal lire, on recommence ".
Vous relisez donc le titre et vous regardez les graphiques qui
illustrent le propos et vous constatez qu'il n'y a pas de doute,
il y a bien écrit que "
près de deux
Français sur trois réclament une baisse des impôts,
directs ou indirects ".
Comme notre site n'a pas les moyens de s'offrir
un sondage de la maison CSA, je vous pose donc directement cette
question qui me paraît cruciale : lequel de tous ces personnages
est-il le plus à plaindre ?
- Le rédacteur en chef de la Tribune qui
s'est dit un beau matin : " tiens, et si on demandait aux
Français s'ils n'aimeraient pas que les impôts baissent
" ?
- L'institut de sondage qui a dit au précédent :
" super idée, on va vous faire ça aux petits
oignons, vous allez voir ce que vous allez voir ! Mais, je vous
préviens, ça va coûter cher." ?
- Celui qui a rédigé la ou les questions et qui,
par souci d'exhaustivité sans doute, n'a pas demandé
" êtes-vous pour ou contre une baisse des impôts
" mais " êtes-vous pour ou contre une baisse des
impôts directs ou indirects " ?
- Les malheureux sondeurs qui ont dû faire face aux mines
interloquées des sondés à qui ils posaient
la question " êtes-vous pour ou contre une baisse des
impôts, directs ou indirects ?"
- Les pauvres sondés qui ont perdu quelques minutes d'un
temps précieux à répondre à ce sondage
?
- Ceux qui ont dit, n'écoutant peut-être que leur
propre non-imposition : " je suis contre une baisse des impôts
directs ou indirects " ?
- Ou ceux qui ont gentiment répondu " ah, tiens, oui,
maintenant que vous le dites, c'est vrai au fait, ce serait une
bonne idée ça, de baisser les impôts directs
ou indirects " ?
- Ou celui qui, au vu des résultats du sondage, a convaincu
tous les autres que cela méritait vraiment le gros titre
de l'édition du lendemain ?
- Ou enfin votre serviteur que toute cette histoire a fait ricaner
au lieu de l'attrister ?
Mais pourquoi s'en tenir là ? Pourquoi ne
pas tirer d'autres conclusions, tout aussi importantes et originales
?
Au cas où il y aurait au sein de l'audience
de " Auhavre.com " - ce dont je ne doute pas - des directeurs
d'instituts de sondage et quelques rédacteurs en chef,
voici donc quelques sondages qu'il me paraît urgent d'effectuer,
ainsi que mon intuition de leur résultat :
- les trois quarts des Français préfèrent
la viande de buf non infectée par la maladie de la
" vache folle " à celle qui l'est,
- l'essentiel des gens qui fréquentent les bibliothèques
municipales ne sont pas illettrés,
- 68,7 % de nos concitoyens aimeraient être plus riches,
- pour ou contre les sondages stupides ?
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