Les Propositions du comité d'experts pour les mesures compensatoires
et la restauration de l'Estuaire.
Pour la sensibilité collective actuelle, le projet Port 2000
avec ses conséquences écologiques ne sera un plein succès que
s'il ne contribue pas à une nouvelle dégradation de l'estuaire
mais s'il est, au contraire, à l'origine de sa réhabilitation.
Ce projet est une opportunité pour une prise de conscience
et l'amorce d'une restauration. C'est pourquoi le comité propose
de distinguer d'une part les mesures liées à l'implantation
du port lui-même et d'autre part les mesures de restauration
du système estuarien dépendant d'une démarche de compensation.
En effet, le comité d'experts souhaite que ces mesures soient
intégrées dans une vision globale de la réhabilitation de la
totalité du système estuarien.
L'urgence, la globalité et le coût de ces opérations désignent
l'Etat comme initiateur et coordinateur d'une réhabilitation
ambitieuse et qui se fera sous les yeux de l'Europe. Ceci s'applique
aux études d'avant-projets à conduire dès maintenant.
Le comité propose un effort en deux phases:
- en premier, rechercher le maintien de la situation actuelle,
- ensuite, les moyens pour retrouver des fonctionnalités
équivalentes à celles observées au début des années 1980.
Le choix de cette date est motivé par l'existence d'un état
de référence documenté pour cette période, réalisé pour le schéma
d'aménagement et d'utilisation de la mer (SAUNI).
En ce qui concerne les éléments de cette restauration, il souhaite
que soit évitée la poursuite du morcellement de l'estuaire,
soit par exemple à travers la poldérisation, soit à travers
l'allongement excessif de la digue nord, soit même à travers
des gestions administratives non coordonnées. Il demande
que soit préservé un continuum environnemental entre les différents
milieux composant l'estuaire: l'aquatique, les zones humides,
les milieux terrestres périphériques. Par rapport aux éléments
constitutifs de cette réhabilitation, il se prononce de la façon
suivante :
Les vasières
Tout d'abord pour les vasières intertidales, il importe d'envisager
leur maintien en terme de surface, de qualité et d'accessibilité
aux espèces. Le comité Souhaite que toutes les possibilités
d'ingénierie écologique soient explorées. Il propose que les
facteurs hydrodynamiques soient privilégiés pour conserver les
vasières actuelles notamment dans la moitié nord intertidale
de l'estuaire.
Parmi les alternatives à étudier le comité suggère de s'intéresser
aux questions Suivantes:
1. l'optimisation de la localisation de la digue basse Nord
2. l'amélioration des caractéristiques de la digue basse Nord
notamment avec le percement d'une ou de plusieurs nouvelles
brèches à l'aval du pont de Nornandie
3. la maîtrise du chenal Nord notamment pour favoriser son méandrement
4. l'effet des dragages sur la fosse Nord.
5. l'analyse de la zone sud du Ratier pour préciser les modalités
d'interventions et accessoirement des projets d'îles pour l'avifaune.
Une combinaison de ces différentes alternatives pourra être
envisagée.
Parmi d'autres idées, il suggère que l'aménagement des ruissellements
dans le haut de l'estran soit étudié à l'occasion de la préparation
du plan de gestion de la réserve naturelle de l'estuaire de
la Seine.
L'ensemble de ces aménagements devra être conçu dans un cadre
réaliste pour l'investissement et pour l'accroissement éventuel
des charges financières liées à un surplus de dragages par les
deux ports.
La mise en oeuvre d'une réflexion générale sur les actions
à conduire dans le domaine de l'ingénierie écologique doit se
faire dès maintenant et sous l'autorité de l'Etat. Dans ce sens,
il est urgent de profiter de l'existence d'un modèle physique
opérationnel (SOGREAIl) appartenant au port du Havre pour simuler
les différentes pos5ibilités offertes pour protéger la vasière
nord. Il est évident que toutes les études réalisées doivent
éviter la définition d'aménagements compensatoires qui accéléreraient
le comblement global de l'estuaire.
Sans attendre, une alternative au reposoir et à la vasière
de la CIM doit être mise en place.
A défaut et Si cela s' avère insuffisant ou en complément de
ces solutions, il sera examiné l'option consistant à renforcer
les vasières en amont et en aval du pont de Normandie aussi
bien rive gauche que rive droite. Le comité est réticent quant
au développement d'aménagements trop artificiels et dont le
suivi et l'entretien indispensables apparaissent excessivement
coûteux. La vasière réalisée en compensation de la construction
du pont de Normandie montre les limites de ce qu'il est possible
de faire dans un cadre limité à cet endroit.
Les zones humides
Ensuite, il paraît nécessaire de conserver entre le pont
de Normandie et le pont de Tancarville une zone humide viable
à moyen terme en réfléchissant à la fois en terme d'extension
des zones protégées vers le nord-est de l'estuaire, et en organisant
dans le cadre d'un plan concerté avec les agriculteurs, les
chasseurs et les coupeurs de roseaux une gestion écologique
des prafries et des roselières.
Il faudra garantir une continuité écologique et la productivité
biologique de la Seine de Rouen à Honfleur par :
- la création/préservation d'un corridor fluvial par une gestion
adaptée des domaines publics maritime et fluvial,
- la valorisation des espaces actuellement gelés par les zones
de risques des installations industrielles "Seveso" localisées
en circonscription portuaire dans un objectif de conservation
de la biodiversîté. Cette valorisation expérimentale devra offrir
toutes garanties de ne pas faire obstacle au développement et
à l'évolution des activités de la zone industrielle portuaire.
La qualité des eaux
La poursuite de façon systématique de la restauration de la
qualité de l'eau de la Seine, et donc de son estuaire, nécessite
une concertation étroite avec les administrations responsables
du bassin versant de l'estuaire, notamment en région Ile de
France. La réflexion peut s'appuyer sur les acquis scientifiques
des programmes Piren-Seine et Seine Aval actuellement en cours
de réalisation. Le développement des populations de poissons
migrateurs sera recherché. Le nouveau point de rejet de Millenium
nécessitera un suivi de son effet sur les vases du nouveau chenal.
Les dragages
Il est indiqué que ia part la plus importante des sédiments
extraits à l'occasion de la construction du port sera exportée
hors de l'estuaire sur le site sublittoral d'Octeville. Un suivi
approfondi des mouvements de matériaux doit être assuré. Il
peut conduire à modifier à terme les lieux de dépôts qui pourraient
être différenciés suivant les matériaux dragués. Le dépôt de
9,3 millions de m3 sur la zone industrialo-portuaire nécessite
d'ailleurs la maîtrise complète des effets sur la zone humide
classée en réserve naturelle.
Les volumes concernés par les dragages d'entretien deviennent
de plus en plus importants. Par année, les volumes mobilisés
par les ports de Rouen et du Havre concernent aujourd'hui plusieurs
millions de m3 et devraient s'accroître. Ils dépassent d'ores
et déjà largement les volumes qui atterrissent dans l'estuaire
sur la même période. Leur extraction, leur enlèvement, voire
leur dépôt dans d'autres zones de l'estuaire ou à l'extérieur
(Octeville), sont de nature à contribuer largement au façonnage
morphologique de celui-ci. C'est pourquoi le plan de réhabilitation
de l'estuaire doit s'attacher à prendre aussi en compte la gestion
des dragages d'entretien par les deux ports. Par ailleurs, la
qualité du matériel dragué sera différente selon le site et
le moment de l'année à dominante largement sableuse à l'engainement,
de nature plutôt vaseuse dans la zone de Rouen et dans le nouveau
chenal d'entrée à Port 2000. La contamination des boues sera
donc différente et méritera une gestion particulière selon son
niveau.
Une action cohérente et globale.
Le comité recommande à l'Etat de prendre en compte le fait
que ce milieu spécifique a un comportement complexe et global.
Tout aménagement ou modification de rejet effectué dans son
sein a des répercussions sur son évolution. D'autre part, il
suggère de conserver les éléments naturels existants et fonctionnels
pour ne pas avoir à reconstruire, cette action constituant une
dépense largement supérieure à la première.
Cette démarche doit se faire dans un cadre réglementaire explicite
et clair en évitant la superposition des protections et en s'appuyant
sur des engagements européens et internationaux stabilisés.
Elle doit figurer dans les objectifs fondamentaux de la Directive
Territoriale d'Aménagement de l'estuaire de la Seine en cours
d'élaboration. L'estuaire de la Seine a vocation à être un estuaire
de référence pour l'action économique et écologique de notre
pays.
Il demande dans les meilleurs délais et au plus tard avant
le début de tous travaux dans l'estuaire, la mise en place d'une
instance de pilotage qui définira les orientations et objectifs
de gestion. Il considère que c'est l'étape indispensable afin
de prouver la bonne volonté des différents partenaires de l'estuaire.
Il souhaite que ceci s'effectue avec l'appui d'un comité scientifique.
C'est dans ce cadre qu'il préconise la mise en place d'une coordination
plus étroite entre les principaux acteurs intervenant sur l'estuaire.
Cette coordination doit être envisagée dans un cadre interrégional
île de France, Basse et Haute Normandie.
Le comité d'experts propose que la totalité de la somme consacrée
par le port du Havre au niveau des mesures compensatoires soit
utilisée comme une mise de fonds permettant d'entreprendre une
première phase de réhabilitation du système estuarien.
Il recommande à l'Etat de créer une source pérenne de moyens
financiers permettant d'assurer à long terme l'entretien des
espaces subsistants et réhabilités.
Enfin, il demande que soit mis en place un suivi, une évaluation
en continu de l'évolution de l'estuaire afin de rectifier les
interventions Si nécessaire.
A Rouen, le 1re septembre 1999
Glossaire (en construction)