L�histoire
: la vie d�Emmet Ray, guitariste de jazz g�nial des ann�es 30,
film�e comme un documentaire qui alterne les documents d�archives
et les commentaires de personnes autoris�es (j�aime beaucoup
cette expression, pas vous ?). Le Woody Allen annuel est sorti.
Et c�est un bon cru. Plut�t de la famille de � Alice �, � Tout
le monde dit � I love you � �, ou � Broadway Danny Rose � que
de � Manhattan �, � Une autre femme � ou � Crimes et D�lits
� (mes pr�f�r�s). Mais, ne boudons pas notre plaisir car le
p�re Woody s�est donn� du mal c�t� sc�nario : cela fait longtemps
qu�il ne nous a pas pondu un film dans lequel il n�est pas question
de psychanalyse et dont le h�ros ne sait pas ce qu�exprimer
ses sentiments veut dire. Ce personnage � totalement fictif,
bien s�r - est m�me tellement oppos� aux � classiques � alleniens
(au point qu�il aime une femme muette !) que je me demande si
Allen ne se pose pas, de temps en temps, la question du bien-fond�
de la consigne socratique : connais-toi toi-m�me � Toujours
est-il qu�il profite de cette libert� nouvelle pour nous faire
�couter un peu du jazz qu�il aime, nous faire aimer un personnage
odieux, nous faire r�fl�chir � ce qu�est la cr�ation et, comme
toujours, nous faire rire. Les d�cors, l��clairage chaud et
ouat�, le jeu des acteurs, tout concourt � ce que ce personnage
outrancier qui vivait � une �poque violente, nous apparaisse
d�une grande douceur. En particulier, Emmet Ray ressemble physiquement
� Chaplin avec qui il a en commun ce beau regard surpris et
bon. Et pourtant, cette myopie, qui sauve toujours Charlot,
va emp�cher le musicien de reconna�tre la douceur dans le regard
des autres et le faire passer � c�t� du grand amour. Sean Penn
est magistral en musicien habit� qui croit n�aimer rien en dehors
de sa guitare, regarder passer les trains et tirer au revolver
sur des rats. Il est odieux en Emmet Ray, musicien vaniteux
et alcoolo, pitoyable en s�ducteur de bas �tage et risible en
maquereau na�f ou en enfant g�t� dont le r�ve de d�crocher la
lune finit dans les flammes, tout comme l�enfance de Citizen
Kane. Il para�t qu�il faut s��merveiller de ce que Sean Penn
aurait appris � jouer de la guitare en 6 mois. Moi, je pr�f�re
m��merveiller de ce que Woody Allen parvienne, ann�e apr�s ann�e,
� nous faire plaisir en nous racontant une nouvelle histoire.