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François Herdé

 
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Eyes wide shut

L’histoire : un jeune couple de New-Yorkais argentés - Nicole Kidman et Tom Cruise - sont confronté à l’usure de leur relation. Un infime changement dans la routine de leur vie va leur montrer qu’il ne manquerait pas grand-chose pour que cela dégénère vite. De tentations en malentendus et de fantasmes en demi-vérités, le film suit Tom Cruise qui va, comme un papillon de nuit ébloui, se cogner à tous les obstacles qui surgissent dès que l’on sort d’une vie en ligne droite.

C’est long et beau comme du Kübrick (les seules constantes de sa carrière) et le film finit bien - de façon tout à fait invraisemblable, à mon avis - contrairement aux autres. On plonge dans l’histoire avec volupté et appréhension, en voyeur, tout comme les personnages. C’est par perversité que Kübrick a choisi un couple à la ville pour incarner son couple à l’écran. Il a pris un plaisir sadique à filmer Tom Cruise de haut pour souligner sa petite taille. Il filme avec volupté la descente aux enfers et les déchirements de la vedette, égratignant autant qu’il le peut l’image du héros pour midinette dans laquelle se complaît Tom Cruise. Ceux qui prétendaient que n’importe quel Kübrick serait toujours bien meilleur que n’importe quel Tom Cruise doivent être bien embêtés !
« Eyes wide shut » restera comme le dernier opus du maître. Ce film passera donc pour le « testament » de Kübrick, son dernier message aux Terriens. On ne peut pas dire qu’il nous renvoie une image très gaie de nous-mêmes : ses personnages évoluent dans une époque où l’argent et la puissance ne mènent qu’à l’ennui et où le plaisir ne peut naître que du fantasme et de la transgression des tabous.

Si le film a une morale, c’est que l’époque est décadente et seule la routine permet d’y échapper … De la part de quelqu’un dont chaque film était une surprise et un choc, la leçon est amère. Reste un très beau film, qui inspirera de longs débats sur le couple, l’argent et la civilisation. Salut l’artiste et merci.


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