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François Herdé

 
"Portraits du Havre" Lib�ration

Trente ans de maires rouges - Sur le pont de la reprise - Une mer � deux visages
Points blancs Points noirs - Une culture Underground bouillonante
Qu'ici le vent balaye les diff�rences

Points blancs Points noirs

Architecture, loisirs, santé, environnement, transports…
Les bonheurs et les échecs du Havre.

Journal libération

Points blancs

La mer jusqu'au Bout du monde
Une baie arrondie, des galets et du sable (à marée basse), les cris des mouettes et le ressac de la mer. Vous êtes bien au Havre. La ville n’est pas que du béton bordé de torchères, c’est aussi une plage de deux kilomètres jusqu’au lieu-dit le Bout du monde, au pied des falaises de Sainte-Adresse. L’été, le bord de mer se donne un style promenade des Anglais (avec certes quelques palmiers et degrés en moins) : la digue se pare de restaurants, de glaciers, de chaises longues et de cabines de plage en bleu et blanc. Depuis 1998, le pavillon bleu flotte sur la ville qui a aussi glané les labels Station balnéaire et Station voile.

Peinture sur bus
Des autobus comme des tableaux. La compagnie de transports CTPO confie régulièrement un bus à des artistes du cru (Authouart, Hanin, Vaillant, Xenakis, Torelli et Bovero) qui le peignent. Six bus Dell’Arte roulent ainsi dans les rues du Havre, et pas seulement du centre. Ça met de la couleur – jusqu’aux cartes d’abonnement et guides horaires – et, ô agréable surprise, ils ne sont ni cassés ni taggés comme les autres. A partir de mars, de nouveaux bus vont décliner ces œuvres.

La vie des quartiers
Entre ville et port, dans le quartier de l’Eure aux allures de friches, des architectes, paysagistes et plasticiens ont créé en juillet un parcours jalonné de diverses interventions éphémères sur le thème du jardin. Ces Jardins temporaires, nés à Berlin en 1997, étaient une première en France. Ici et là, au Havre, des initiatives font ainsi vivre des quartiers. Expo de peintures à Saint-Vincent, fête de la Saint-Yves à Saint-François, transformé en village breton, fête du bois de Bléville ou des Voisins à Soquence, du Lait de mai à Sanvic… Il faut dire que plus de 7 000 associations s’activent dans l’agglomération.

La patte d’Auguste Perret
On apprécie ou on décrie, en tout cas, l’architecture du Havre ne laisse jamais indifférent. Le label Ville d’art et d’histoire vient d’être décerné par le ministère de la Culture, une première en France pour un patrimoine moderne. La reconstruction du centre-ville, rasé par les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale, a été l’œuvre d’un architecte, Auguste Perret, et aura demandé près de vingt ans de travaux. Les principes : une trame orthogonale, des îlots d’immeubles autour d’une cour, un module de base (6,24 m), une structure apparente en béton armé et des toits en terrasse. La nuit, il faut admirer les verrières colorées de la tour de Lumière de l’église Saint-Joseph, qui, enfin éclairée, prend un air de phare.


Points noirs

Alertes sur l’environnement
A quelques encablures de la ville, on compte dix-huit établissements classés Seveso. Les accidents industriels sont fréquents et régulièrement les vents poussent les émissions directement sur certains quartiers, en général populaires. La dernière alerte au dioxyde de soufre sur l’agglomération date du 19 janvier. Selon une enquête récente, 70 % des habitants de l’estuaire de la Seine déclarent ne pas savoir comment ils seraient prévenus ni quelles consignes suivre en cas de catastrophe industrielle.

La santé aux tristes records
Le Havre bat tous les records : surmortalité très élevée, liée à l’alcoolisme et au tabagisme, développement des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, augmentation des suicides, surmortalité infantile… Pour y faire face, la ville connaît une insuffisance de son offre médicale. En 1997, dans l’agglomération, on comptait 194 médecins pour 100 000 habitants contre 252 en France. Il n’y a notamment au Havre que six pédiatres et quinze psychiatres, soit trois et six fois moins que la moyenne nationale des villes de taille équivalente. Et le centre hospitalier connaît de graves difficultés financières.

La galère d’une ville terminus
La SNCF donne toutes les raisons de préférer la route sur l’axe Le Havre-Paris malgré les péages (128 F, soit 19,5 euros aller-retour) et le racket du pont de Tancarville (30 F, soit 4,6 euros aller-retour). En train, c’est la galère. Trop peu d’horaires quotidiens et des trajets qui durent un peu plus de deux heures (pour environ 200 km), régulièrement rallongés en cas de perte de caténaire, de panne de loco, de travaux sur la voie, de grève ou de vaches sur les rails. Une pétition de près de 500 signatures récoltées lors d’un trajet Paris-Le Havre vient d’être envoyée au ministre des Transports. De son côté, la SNCF promet une amélioration de la liaison ferroviaire et un train rapide vers Paris… pour 2007.

Jeux d’eau en rade
Des bassins au cœur de la ville, un Musée maritime dans les docks, un port de plaisance avec 1 300 anneaux… On peut rêver. Mais non. Les bassins sont cernés de parkings de voitures et de quais déserts, le musée a pour seul mérite d’exister, le port de plaisance n’a aucun lieu d’accueil et d’animation. Hors les clubs privés. Autant d’espaces sans envergure ni ambitions.

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