Les Réformes de l'Education Nationale
vues du Havre :
La conception et la coordination de l'assemblée
des enfants du Havre m'ont mis en contact avec le monde de l'enseignement.
D'autre part, les rencontres avec les associations de quartiers, le conseil
supérieur des sénégalais du Havre m'ont également
beaucoup apporté, ainsi que la conférence
que l'UDF du Havre a organisée en mai 2006 avec Patrick LOZES : Président
du Conseil Représentatif des Associations Noires (le CRAN).
Après 5 années de mandat
de conseiller municipal du Havre
j'ai acquis un certain nombre de convictions
concernant l'Education Nationale :
A) Il n'est pas facile d'être enseignant aujourd'hui.
En effet, la transmission du savoir repose sur les notions d'effort et d'autorité.
Or, ces valeurs ne sont pas suffisamment reconnues dans notre société.
Il arrive de plus en plus que les élèves, et parfois même les parents, les remettent
ouvertement en cause. Certains parents surprotègent leurs enfants ou
au contraire les délaissent et ne transmettent pas aux enfants un cadre
éducatif.
Le risque de ces réactions négatives est d'entraîner la démission des enseignants.
B) L'éducation est la clef de l'intégration dans la
société française et la meilleure façon de grimper sur l'échelle sociale.
Concernant les problèmes d'intégration et de la crise des banlieues
je vous invite à lire l'intervention que j'ai faite au conseil municipal
du havre en cliquant ici.
C) Les enseignants sont traumatisés par l'accumulation
des réformes : à ce propos, je partage l'avis de Michel ROCARD et
de François BAYROU qui se sont exprimés aux dernières universités d'été de l'UDF
(voir à la fin de ce document) : L'éducation
nationale souffre d'un excès de réformes ; les nouvelles réformes s'accumulent
alors que les effets des réformes précédentes ne se sont pas encore fait sentir.
En fait, ce n'est pas une grande réforme unique dont a besoin l'éducation nationale,
mais de multiples petites réformes complémentaires.
D) Les petites réformes nécessaires pour l'enseignement
primaire, et secondaire.
Rappelons que pour 80% des élèves environ cet enseignement est satisfaisant.
Les problèmes se posent à propos des 20% des élèves pour lesquels l'enseignement
n'est pas adapté. Robert Badinter dans un entretien avec le journal le Monde
au printemps parlait de la "désadaptation de l'école".
Tous les élèves ne sont pas égaux dans leur parcours scolaire. Certains réussisent,
d'autres pas. c'est une évidence. Pour corriger cette inégalité il faut
l'analyser.
A mes yeux, plusieurs paramètres peuvent expliquer les difficultés
scolaires d'un enfant source majeure d'inégalité sociale :
- Aptitudes scolaires de l'élève. On dit parfois d'un enfant " qu'il n'est
pas scolaire " ; cela ne veut pas dire pour autant qu'il est dénué d'intelligence.
- Aide para-scolaire (parents/cours particuliers).
- Transmission familiale de la culture française.
- Transmission familiale d'un cadre de valeurs valorisant l'effort et le respect
des autres.
- Degré de l'engagement éducatif des parents.
L'éducation nationale doit proposer une offre éducative à ces différentes
catégories d'élèves en adaptant sa pédagogie et ses classes aux différents niveaux
de ses élèves.
La sécurité dans les collèges et les lycées
est bien entendu indispensable. Des surveillants et non des policiers
doivent assurer la discipline de l'établissement.
C'est pourquoi il n'y a pas une réforme unique, mais de
multiples petites réformes à envisager :
1) Adapter l'enseignement au niveau des élèves.
Ainsi, au sein d'une même école, pourquoi ne pas envisager des classes de niveaux
différents ?
Un certain nombre d'élèves sont tellement noyés qu'il n'y
a pas d'autres moyens que de s'adapter à leur niveau en les regroupant
dans des classes passerelles entre deux niveaux. Les Classes d'Intégration
Scolaire (CLIS) ont joué ce rôle bien qu'elles ne devaient
accueillir normalement que des enfants handicapés. En effet les CLIS
ont accueilli des enfants handicapés mais aussi des élèves
en grandes difficultés scolaires comme me l'ont indiqué plusieurs
enseignants du Havre.
Peu importe, finalement, le temps consacré pour qu'un enfant acquiert
des connaissances, l'important est qu'il les acquiert.
Ainsi le retard scolaire n'est pas une catastrophe : quelques années
de retard ne sont pas grand chose dans une vie. Ne pas maitriser les savoirs
fondamentaux (lire - ecrire - compter) sont autrement plus grave. De même
des classes d'excellence permettraient de maintenir des enfants dans
des établissements actuellement fuis par les bons élèves.
2) La carte scolaire : des voix à droite
et à gauche se sont exprimées pour la suppression de la carte scolaire. J'y
suis opposé dans l'état actuel de l'enseignement car cela aggraverait sévèrement
la ghettoïsation de l'école.
En revanche, ce débat pose la question de la fuite d'élèves qui partent dans
un établissement privé ou qui obtiennent une dérogation pour aller étudier dans
un autre établissement public.
Pour éviter cette fuite, il faut que l'école de quartier réponde à la demande
des parents, c'est à dire qu'elle s'adapte au niveau de l'élève.
3) Contrôle des connaissances en fin de CM2
et en fin de 3ème (BEPC). Le plus mauvais service rendu à
un enfant c'est de le faire passer au collège alors que les bases de l'école
primaire ne sont pas acquises. S'il passe en 6ème il sera de plus en plus noyé
et risque de sortir du système scolaire sans formation. Un élève
en fin de 3ème incapable de lire, écrire et compter correctement
courre le risque d'échouer à l'entrée en apprentissage.
4) aide para-scolaire : lorsque l'environnement
familial et culturel est insuffisant. Le soutien scolaire en classe est une
solution comme le propose la ville du Havre. J'applaudis également les initiatives
associatives visant à organiser un parrainage pour les élèves de lycée par de
jeunes professionnels tel que le développe l'association actenses
par exemple.
5) Mise sous tutelle des allocations familiales :
On peut comprendre que des parents ne soient pas en mesure d'apporter la part
familiale de la transmission de culture française qu'un élève doit reçevoir.
Mais on ne peut comprendre des parents qui ne se préoccupent pas du suivi scolaire
et qui ne réagissent pas en cas d'absentéisme.
Pour ces parents-là la mise sous tutelle des allocations familiales s'impose.
6) Evaluer la pédagogie. La pédagogie de
la découverte est-elle pertinente sans accompagnement scolaire ? La pédagogie
du savoir ne serait-elle pas plus adaptée ? Je le crois. D'autre part, la pédagogie
doit être évaluée.
7) Gouvernance de l'éducation nationale :
Une réforme globale en concertation avec les syndicats doit être entreprise
afin : 1) d'apporter plus de proximité dans la décision et 2) d'encourager les
initiatives, ainsi que les enseignants qui s'investissent dans leur établissement.
D) Les réformes qu'il ne faut pas faire :
Les maternelles. La socialisation scolaire se passe mieux qu'ailleurs
dans le monde,
Les grandes écoles : ce système fonctionne bien. Gardons nous d'y toucher
jusqu'à ce que l'on soit certain que les universités soient au niveau. Il faut
éviter de détruire le système avant d'être sur de la qualité du produit de remplacement.
En revanche, une meilleure synergie entre les universités et le réseau des grandes
écoles est un chantier d'avenir.
E) Les réformes indispensables : L'université
C'est dans ce domaine que le besoin de réforme est le plus criant.
Annexes : Les Constats
de Michel ROCARD
sur l'éducation nationale exprimés
lors des universités d'été 2006 de l'UDF
:
Résultats : Pour 80 à 85% des élèves, l'éducation nationale est
globalement satisfaisante. En revanche, les 15 à 20% des élèves qui sortent
du système scolaire sans formation posent problème.
Gigantisme : 12 à 13 millions d'élèves et plus de 1,3 millions
de personnels de l'éducation nationale.
Concentration : Il n'existe pas dans le monde un ensemble aussi
grand qui dépende d'une signature unique.
Large impact : Toutes les familles françaises sont concernées
par l'éducation nationale et son coût est énorme.
Syndicalisation : C'est un monde très syndiqué (75%) dont la
culture syndicale évolue vers la culture du quantitatif : " plus de moyens ".
Excès de réforme : L'EN souffre plutôt d'un excès de réforme
: les différents ministres de l'éducation nationale ont la propension à la re-réformer
alors que les effets de la réforme précédente ne sont pas apparus. Il devient
impossible d'identifier la substance à réformer. Less ministres doivent se garder
de vouloir à tout prix mettre leur nom à une réforme.
Objectifs : apporter une éducation, une culture et une capacité
à apprendre, mais pas une formation à un métier.
Méthode : chercher l'accord plutôt que le règlement, et le règlement
plutôt que la loi. Il n'y a pas une grande réforme unique à faire, mais de multiples
réformes à conduire avec les enseignants. Traiter avec les syndicats en confiance
et ne pas dire que l'on va triompher en les terrassant.
article écrit par Marc Migraine : réagissez sur le blog
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