Les dossiers de l'histoire
Du Havre-de-grace � porte oc�ane -
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DU HAVRE-DE-GRACE A LA PORTE OCEANE
JEAN LEGOY
UNE VOCATION PORTUAIRE
extrait du livre "Le HAVRE volonté et modernité"
éditions La Galerne
La Seine et son estuaire
forment, depuis les temps les plus recul�s, la voie de p�n�tration
naturelle vers l'int�rieur de la France et sa capitale, Paris.
Grand axe de commerce et de relations entre les hommes, l'estuaire
est un site tr�s anciennement habit� : � l'�poque gallo-romaine,
c'est le port de Caracotinum, anc�tre d'Harfleur, et surtout celui
de Juliobona, Lillebonne d'aujourd'hui.
Pendant le Moyen Age, Rouen est le grand
port de la Basse-Seine, mais la remont�e du fleuve oblige
les navires de haute-mer � "all�ger" dans les ports
de l'estuaire. Cette p�riode est caract�ris�e par la recherche
du meilleur port possible : au XI�me si�cle,
c'est la cr�ation de Honfleur sur la rive sud ; du XII�me au XV�me si�cles,
c'est l'utilisation successive de Chef-de-Caux, l'actuelle Sainte-Adresse,
de Harfleur, et surtout de Leure.
Mais au XVI� si�cle, ces
ports s'ensablent et, malgr� des travaux importants, deviennent
inutilisables. Rouen r�clame donc des autorit�s royales la cr�ation
d'un nouvel avant-port. Cette demande rouennaise co�ncide avec
une n�cessit� �conomique et strat�gique : le nouveau courant commercial
d� � la d�couverte de l'Am�rique et l'afflux de ses richesses
en Europe. C'est l'�poque du d�veloppement des villes de l'Europe
du Nord qui profitent du d�placement du commerce europ�en de la
M�diterran�e vers l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord. La
royaut� fran�aise veut participer � ce nouveau courant de richesses
et pour cela, il lui faut un port fiable sur les c�tes de la Manche
pour abriter sa flotte.
UN"HAVRE NEUF"
Fran�ois 1er, charge
l'amiral Bonnivet de cr�er un nouveau port le 7 f�vrier 1517. L'amiral transmet
la mission � Guyon le Roy, seigneur du Chillou,
capitaine du port de Honfleur. Ce dernier conna�t bien
les rives de l'estuaire et choisit l'emplacement qui lui
semble le plus favorable : les
criques qui d�pendent de la paroisse d'Ingouville et
d�nomm�es "lieu de Gr�ce". Le 16
avril 1517, le premier coup de pioche est donn� dans
l'amoncellement des galets qui bordent la mer, le Perrey, et un chenal est
creus�, menant � une crique am�nag�e en bassin, le
futur bassin du Roy. Les habitants affluent d�j� et le 8 octobre 1517, le roi signe l'acte de
naissance de la ville du Havre. Port et ville �
caract�re militaire, entour�s de fortifications, avec
une ouverture donnant sur la seule route qui les relie �
l'arri�re-pays, la porte
d'Ingouville ; et une entr�e du port gard�e par
une puissante forteresse, la tour Fran�ois 1er.

D�cret de cr�ation du Havre-de-Gr�ce. |
Il est visit� � plusieurs reprises par Fran�ois
1er, par Henri II, par Henri IV. Le roi tient la ville
"en sa main" et l'administration
est confi�e � un gouverneur, repr�sentant direct du roi.
Le gouverneur ou son lieutenant, pr�side les r�unions d'un conseil
charg� d'administrer la commune, constitu� de bourgeois notables,
des n�gociants pour la plupart.
Il fallait du courage pour s'accrocher � cette fin de terre, face
� la mer, le dos � un environnement hostile. Il fallait lutter
ou p�rir, se d�fendre contre les �l�ments, se d�velopper ou dispara�tre.
En 1525, les Havrais r�sistent � la "m�le mar�e" qui
emporte les premi�res constructions, noie une centaine d'hommes
et emporte 28 bateaux de p�che jusqu'au pied du prieur� de Graville.
Confiants dans l'avenir, ils construisent en 1541, un nouveau quartier, Saint-Fran�ois, sur
les plans de l'architecte italien Girolamo Bellarmati. Il faut
sans arr�t d�gager l'acc�s au port des amoncellements de vase
et de galets amen�s par la mar�e ; des corv�es recrut�es parmi
des habitants ex�cutent ce travail.
Ville nouvelle, ouverte � toutes les influences, le Havre-de-Gr�ce
se r�v�le perm�able � la R�forme. Elle a rapidement son pr�che.
Sous l'�gide de Coligny, Grand Amiral de France, de nombreux convois
de protestants partent du Havre pour aller fonder des colonies
en Am�rique o� ils esp�rent pouvoir pratiquer librement leur foi.
Le Havre-de-Gr�ce devient ainsi un des enjeux des guerres de Religion.
En septembre 1562, le trait� de Hampton-Court sign� entre
la reine Elisabeth d'Angleterre et les protestants fran�ais ouvre
Le Havre � une garnison anglaise de 3000 hommes command�e par
Warwick. Apr�s un si�ge catastrophique pour les habitants, la
ville est reprise en juillet 1563, par l'arm�e royale command�e
par le conn�table de Montmorency, en pr�sence du jeune
roi Charles IX et de la reine m�re Catherine de M�dicis.

Plan du Havre en 1563, par Hironimus Cock. |
A la fin de la p�riode troubl�e
des guerres de Religion, le commerce maritime du
Havre-de-Gr�ce est interrompu, le port qui n'est plus
entretenu, tombe en ruine et la population est diminu�e
par le d�part en Angleterre ou en Suisse d'un certain
nombre de protestants, surtout des artisans et des
ouvriers qualifi�s. Lors de sa visite au Havre, en septembre 1603, Henri IV prend des
mesures pour la restauration du port et la reprise du
commerce maritime.
UNE VILLE ET UN PORT AU DESTIN AMBITIEUX
C'est Richelieu,
ministre de Louis XIII et gouverneur du Havre qui fixe pour deux si�cles l'aspect
militaire de la ville et du port. Il fait
renforcer les fortifications, construire une porte de la
ville monumentale, la porte
d'Ingouville dite de Richelieu, et surtout il
ordonne la construction d'une citadelle qui occupe toute
la partie sud-est de la ville. Colbert
renforce encore ce caract�re militaire en cr�ant un
arsenal de la Marine autour du seul bassin � flot, le
bassin du Roy, obligeant ainsi les chantiers navals �
aller s'installer sur le Perrey en bordure de la mer et
l'h�pital � se d�placer sur le territoire d'Ingouville
en 1669.
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La porte d'Ingouville en 1632.
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Tout en renfor�ant le caract�re
militaire du Havre-de-Gr�ce, ces deux ministres oeuvrent
grandement au d�veloppement de
l'activit� commerciale du
port, introduisant ainsi des �l�ments contradictoires
dans son expansion : le port de commerce se d�veloppant
au d�triment du port de guerre, le bassin du Roy �tant
r�serv� aux navires de guerre, les
navires de commerce s'entassent dans l'avant-port et le
long du Grand-Quai (actuel quai de Southampton).
Le gouvernement pousse les n�gociants aux armements
maritimes et aux entreprises coloniales. D�s le XVII�me si�cle, le Havre-de-Gr�ce
re�oit les produits exotiques, sucre, caf�, coton,
�pices, les accumule sur ses quais ou dans des
entrep�ts et les redistribue vers la France et l'Europe.
La Compagnie du S�n�gal, la Compagnie des Indes
s'installent au Havre. La traite
des Noirs, le commerce colonial avec les Am�riques et
les Antilles fournissent du travail � une
population de plus en plus nombreuse et enrichissent les
n�gociants havrais. Gr�ce � l'accumulation du capital,
les maisons de commerce du Havre qui n'�taient
jusqu'alors que des comptoirs de maisons rouennaises ou
parisiennes, acqui�rent ind�pendance et notori�t�.
Une manufacture de tabacs s'installe � Saint-Fran�ois,
les constructions navales se d�veloppent � la fois dans
l'arsenal et sur les nombreux chantiers du Perrey. La
prosp�rit� se manifeste par une vague de constructions
: l'h�tel de Beauvoir pr�s
de l'entr�e du port en 1752, la
Douane � l'angle du Grand-Quai (quai de
Southampton) et du quai Notre-Dame en 1754, le Pr�toire (actuel Mus�um) en
1758. La population atteint 20 000
habitants � la veille de la R�volution.
Enferm�e dans ses remparts, la ville est surpeupl�e, on
sur�l�ve les maisons, on construit dans les cours. Cet
entassement a des cons�quences d�plorables sur
l'hygi�ne et la salubrit�. Le
Havre-de-Gr�ce est une ville malsaine o� les
�pid�mies sont fr�quentes. Faute de place, les
pauvres gens s'installent dans des cabanes ou de
mauvaises constructions hors les murs, sur le Perrey, �
Ingouville ou dans la plaine de Graville. Les riches
n�gociants se font construire des pavillons, presque des
ch�teaux, � la "C�te", � partir de 1750.
Les guerres de Louis XIV et de Louis
XV interrompent momentan�ment l'essor du Havre, surtout en 1694 et en 1759 quand la ville est
bombard�e par la flotte anglaise. Mais � chaque
fois, la paix revenue, l'activit� maritime reprend de
plus belle. En 1749, Madame de Pompadour veut voir la
mer, c'est le Havre-de-Gr�ce que le roi Louis XV choisit
pour la satisfaire, fastueuse visite qui ruine les
finances de la ville pour plusieurs ann�es.
La guerre d'Ind�pendance des Etats-Unis, qui commence en
1776, marque une �tape importante dans l'histoire du
Havre et oriente consid�rablement le futur destin de la
ville. Des cargaisons importantes d'armes et de munitions
sont achemin�es vers les insurg�s en partie par les
soins de Beaumarchais. Des volontaires conduits par le g�n�ral Lafayette partent du
Havre pour aller s'illustrer sur les champs de bataille
am�ricains.

Arriv�e du Roi au Havre-de-Gr�ce, 1749. |
VERS UNE VILLE NOUVELLE
Pr�vu comme un arsenal, Le
Havre-de-Gr�ce est devenu au XVIII�me si�cle
l'entrep�t de Paris et de Rouen, puis l'un des quatre
grands ports coloniaux fran�ais. La prosp�rit� future
d�pend maintenant de l'espace portuaire et urbain.
Depuis le milieu du XVIII�me si�cle des �tudes sont
entreprises pour agrandir le port et la ville afin de
r�pondre � l'accroissement du trafic maritime et de la
population. Quand, apr�s 1780, Le
Havre devient le deuxi�me port fran�ais pour le
commerce colonial et le trafic n�grier, le
probl�me devient urgent. Lors de sa visite au Havre en
juin 1786, le roi Louis XVI approuve le plan propos� par
l'ing�nieur Lamand�. Selon
ce plan, la surface de la ville doit �tre quadrupl�e,
celle du port �tant doubl�e. Les travaux commencent
rapidement mais ils sont quasiment interrompus par la
R�volution.
Pendant la r�volution, Le Havre affirme son caract�re
militaire en devenant un des points essentiels de la
d�fense des c�tes face � l'Angleterre et en
construisant ou en armant plusieurs fr�gates de la
France r�volutionnaire. C'est aussi l'interm�diaire
indispensable au ravitaillement de Paris et des arm�es
par ses importations de bl� venu d'Europe du Nord ou
d'Am�rique et r�exp�di� par la Seine.
Les Havrais participent activement � la R�volution. En mars 1789, ils prennent la parole et
r�digent des cahiers de dol�ances. Le grand
n�gociant Jacques Fran�ois Begouen est �lu d�put� du
Tiers Etat. En l'an II, les
Jacobins havrais �quipent et arment un bataillon de
volontaires et donnent le nom de Havre-Marat � la ville.
Ils multiplient leurs efforts pour soulager la mis�re
des plus d�munis et pour leur apporter l'instruction. A
deux reprises, en 1796 et en 1804, les Havrais repoussent
les tentatives de bombardement de la flotte anglaise.
Except� la p�riode qui suit la paix d'Amiens en 1802,
le blocus des c�tes instaur� par l'ennemi marque un
arr�t dans le d�veloppement du commerce maritime.
L'ach�vement du plan Lamand� reprend d�s la paix
revenue. Les bassins du Commerce et
de la Barre entrent en service, l'espace compris
entre les anciennes fortifications et les nouvelles est
enfin urbanis�, un r�glement de 1821 tente de donner �
ces nouveaux quartiers une allure "bourgeoise".
Commence alors "l'�ge d'or" de la prosp�rit�
havraise : le commerce triomphe ; en 1829, le Havre cesse
officiellement d'�tre port de guerre au profit de
Cherbourg. Le commerce du coton
avec l'Am�rique, le transport des �migrants, la p�che
� la baleine sont les principales activit�s du port.
Les bateaux am�ricains � voile apportent le coton et
remm�nent en fret de retour, les �migrants
qui affluent sur les quais du Havre. Des dizaines de
milliers d'Allemands, d'Italiens, de Grecs, de Russes
arrivent au Havre par familles enti�res, toutes plus
mis�rables les unes que les autres. Ils logent dans des
auberges, des lieux d'accueil, ou simplement sur les
trottoirs, dans l'attente d'un d�part. Il en sera ainsi
jusque vers 1925, quand l'Am�rique r�glementera
s�v�rement l'immigration. Ce sont eux qui assureront le
d�marrage des compagnies maritimes et qui feront leur
fortune.

Campement d'�migrants, 1844. |
En 1817, un am�ricain de Nantukett,
Jeremiah Winslow, attir�
par les primes int�ressantes offertes par le
gouvernement fran�ais, sinstalle au Havre pour
pratiquer la p�che � la baleine. Gr�ce � lui et �
plusieurs autres armateurs dont les Lamotte et les
Bossi�re, Le Havre devient le
premier port baleinier fran�ais. Une flotte
dune quarantaine de navires baleiniers se livre �
cette activit�.
br>Lors de la r�volution de 1830, Le Havre
manifeste son attachement au lib�ralisme conservateur en r�sistant
� lapplication des ordonnances de Charles X concernant la
presse et en adh�rant pleinement � la venue au pouvoir de Louis-Philippe.
La p�riode de la monarchie de juillet est aussi celle
des d�buts de lindustrialisation du Havre. Hors
les murs, dans la plaine de Graville, de part et
dautre du canal Vauban, sinstallent
les usines m�tallurgiques Mazeline et Nillus. Les
raffineries de sucre, les briqueteries se multiplient �
Ingouville et � Graville. Larriv�e
du chemin de fer au Havre en 1847, donne un �lan
nouveau au d�veloppement de l'industrie et �
l'activit� maritime, en particulier en augmentant
l'afflux des �migrants en route pour l'Am�rique.
Cette prosp�rit� qui attire une population nombreuse
fait qu'� nouveau Le Havre �touffe dans ses remparts,
la population d�borde dans la plaine de Graville et de
Leure. Dans le port, les navires ont du mal � trouver de
la place, l'utilisation en 1847 des
premiers navires � vapeur sur la ligne de New York, pose
de nouvelles exigences. Il faut proc�der � de nouveaux agrandissements que vont
retarder les troubles de la r�volution de 1848 et la
crise �conomique qui l'accompagne. Cette r�volution se
d�roule au Havre dans le calme. Elle se traduit surtout
par un renforcement du pouvoir des notables. Tout le
monde attend le retour d'une certaine stabilit�
politique qui facilite la reprise des affaires et la fin
du ch�mage.
UNE SECONDE NAISSANCE DU HAVRE
1852 peut �tre consid�r�e comme l'ann�e de
la seconde naissance du Havre. Les Havrais obtiennent du gouvernement
l'autorisation de supprimer les fortifications
et d'annexer les communes voisines : Bas-Sanvic, Ingouville,
partie ouest de Graville-Leure. D'un seul coup la surface
de la ville est multipli�e par neuf et la population est
doubl�e. La disparition des fortifications entre 1854 et 1864
permet de tracer les grandes art�res : actuels boulevard
de Strasbourg, avenue Foch et boulevard Fran�ois 1er.
Du 45�me rang des villes fran�aises qu'il tenait jusqu'alors,
Le Havre acc�de au 10�me rang avec pr�s de 60
000 habitants. L'expansion est alors remarquable, une des plus
rapides de toutes les villes fran�aises. Les 100 000 habitants
sont atteints vers 1880 et � la veille de la guerre de 1914, l'agglom�ration havraise
compte environ 170 000 habitants.
Deux �v�nements, entre 1852 et 1914, ralentissent momentan�ment
cette
progression : la guerre de S�cession qui de 1861 � 1865 divise
le nord et le sud des Etats-Unis et qui a un effet n�faste sur
le commerce, et la guerre de 1870-1871 pendant laquelle les
notables r�publicains prennent en main la d�fense de la ville
et emp�chent les Prussiens de s'en emparer.
Le remplacement progressif de la navigation � voile par la navigation
� vapeur, l'augmentation de la taille des navires avec l'adoption
de la coque en fer, la progression du volume des marchandises transport�es
n�cessitent l'agrandissement du port.De nouveaux bassins sont creus�s - bassin de Leure, bassin
Vauban, bassin Dock, bassin Bellot. La cr�ation
des grandes compagnies maritimes, la Compagnie g�n�rale transatlantique en 1864,
les Chargeurs R�unis en 1872, les escales des navires des grandes
compagnies �trang�res, anglaises, allemandes, hollandaises,
am�ricaines, la course au gigantisme des navires qu'ellesont
engag�e, n�cessitent la cr�ation de bassins qui puissent recevoir
ces �villes flottantes�. Un nouvel avant-port et un bassin de
mar�e sont conquis sur la mer � partir de 1912.
L'industrie, li�e en grande partie
au trafic maritime, prend de lextension � Graville et
dans le quartier de Leure. Constructions navales avec les Forges
et Chantiers de la M�diterran�e ; fabrication de machines marines
et d'engins de levage avec les ateliers Caillard, Duchesne ;
les huileries et la raffinerie de p�trole de Desmarais ; Tr�fileries
et Laminoirs de Lazare Weiler ; ateliers �lectrom�caniques de
la Soci�t� Westinghouse ; Corderies de la Seine ; Compagnie
des Extraits Tinctoriaux et Tannants ; Soci�t� le Nickel...
s'implantentau Havre. Dans la banlieue, Schneider s'installe
� Harfleur, l'usine de plomb Bassot � Gournay. A partir de 1890,
le nombre des Havrais travaillant dans l'industrie d�passe ceux
employ�s sur le port et dans la marine.

Etablissements Schneider et Cie. Vue g�n�rale des ateliers
d'artillerie. |
Le Havre s'embellit cependant en construisant des b�timents �
usage public : un nouvel h�tel de ville, une sous-pr�fecture,
un palais de justice, une gare, chef-deuvre de l'architecture
m�tallique, le Cercle Franklin. La ville
b�n�ficie du premier r�seau de tramways install� en France,
d'abord tramways hippomobiles puis tramways �lectriques. La municipalit�
Jules Siegfried dote Le Havre du premier bureau d'hygi�ne
fran�ais et d'un nouvel h�pital, l'h�pital Pasteur, d'une
conception originale, par pavillons s�par�s.
L'augmentation de la population est essentiellement
due � des apports ext�rieurs : hauts et bas-Normands chass�s des
campagnes par la crise de l'agriculture et l'industrie cotonni�re
; Bretons fuyant la mis�re ; Anglais, Suisses, Allemands, employ�s
dans le n�goce. Cette multiplicit� des apports n'est pas sans
poser des probl�mes d'int�gration surtout pour les plus d�munis.
Tel est le cas, pendant plus d'un demi-si�cle, des Bretons, v�ritables
immigr�s dans un Havre qui, pendant longtemps, ne leur offre que
des travaux p�nibles et des conditions de vie mis�rables. Population
aux structures sociales tr�s contrast�es, aux oppositions tranch�es
inscrites dans le paysage urbain : une ville
basse ouvri�re et populeuse, une ville haute, �la C�te�, bourgeoise
et a�r�e. Une bourgeoisie constitu�e de grands capitaines
d'affaires entour�s d'une pl�iade de n�gociants, courtiers, mandataires
; des masses populaires salari�es et d�pendantes qui vivent essentiellement
de l'activit� maritime et industrielle. Entre ces deux p�les,
des couches interm�diaires, peu nombreuses, compos�es d'artisans,
de petits commer�ants, de membres des professions lib�rales et
d'un groupe tr�s r�duit de fonctionnaires, de magistrats, de professeurs,
d'ing�nieurs et d'artistes. Une population rapide � s'�mouvoir,
� se r�volter, comme lors des conflits sociaux de 1900 ou de l'affaire
Durand en 1910.
Affront�s � de grandes difficult�s de logement et d'hygi�ne, se
heurtant � un patronat certes clairvoyant mais intransigeant,
souvent arrogant et dur, les travailleurs havrais se regroupent assez vite et se
dotent, d�s 1880, de structures syndicales qui font du Havre l'un
des bastions du syndicalisme en France.
Au cours de la guerre 1914-1918, Le Havre
est la grande base d'approvisionnement des arm�es alli�es.
Les troupes britanniques s'installent d�s le mois d'ao�t 1914,
suivies par les Am�ricains en 1917. Une activit� intense r�gne
sur le port : troupes, mat�riel, munitions d�barquent � un rythme
continu. Des camps de repos, des d�p�ts de mat�riel, des h�pitaux
sont install�s dans la ville et aux environs. Les Belges tiennent
une grande place parmi les Alli�s. Sainte-Adresse devient la capitale de la Belgique : gouvernement,
fonctionnaires, corps diplomatique s'installent au Nice-Havrais
et dans les villas du bord de mer. Havrais et r�fugi�s
belges travaillent avec ardeur � la fabrication du mat�riel de
guerre. En d�cembre 1915, l'explosion de l'usine pyrotechnique
belge cause de nombreux morts et des d�g�ts consid�rables � Graville
et � Harfleur. Dans la nuit du 31 juillet au 1er ao�t 1918, un
avion allemand survole la ville et l�che ses bombes au hasard,
causant la mort du docteur Postel dans les ruines de sa maison
rue Just-Viel. Aux arm�es, 7000 soldats havrais, en particulier
des 129�me et 329�me r�giments d'infanterie, trouvent la mort
sur les champs de bataille.

Si�ge des ministres belges durant la guerre 1914-1918. |
LA � PORTE OCEANE �
Apr�s l'armistice de
1918, Le Havre reprend sa place de grand port de
commerce. Les lignes
transatlantiques sur New York et les Antilles se
d�veloppent. Des grands paquebots d'avant 1914, seul reste �La France�. De
nouvelles unit�s viennent combler les disparitions :
�Paris�, �Ile-de-France�, �Lafayette�,
�Champlain� et surtout �Normandie�, maintiennent le
prestige de la Compagnie g�n�rale transatlantique. Mais
la fin de l'�migration vers l'Am�rique et la crise de
1931 compromettent son �quilibre financier. Bien que la
concurrence �trang�re se fasse de plus en plus sentir,
Le Havre demeure un grand march� mondial du caf�, du
coton, du cacao, du bois. L'industrie, elle aussi, se
d�veloppe ; aux industries d'avant-guerre viennent
s'ajouter la construction a�ronautique, usines Br�guet,
et surtout la cr�ation d'une
importante raffinerie de p�trole � Gonfreville l'Orcher.
La ville s'agrandit en annexant le reste de Graville
en 1919. L'urbanisation monte � la conqu�te du plateau o� plusieurs
lotissements permettent de d�sengorger les vieux quartiers. La municipalit�
L�on Meyer tente d'assainir la ville basse
et d'y rendre la vie plus agr�able. Plusieurs jardins publics sont cr��s,
la gare est reconstruite, le Palais des Expositions
est ouvert. La population de l'agglom�ration havraise atteint 185 000 habitants en
1936. La vie politique et syndicale est toujours tr�s active. Elle
est marqu�e par la grande gr�ve des m�tallurgistes de 1922 au cours de
laquelle quatre ouvriers sont tu�s pr�s de Franklin et surtout par le
grand mouvement social de 1936 qui commence par la gr�ve et l'occupation
de l'usine Br�guet.
Mais en 1939, c'est � nouveau la guerre. Le Havre redevient une base britannique. L'hiver
39-40 est calme, mais, apr�s le d�clenchement de l'offensive allemande,
le 10 mai 1940, le 19 a lieu le premier bombardement ennemi. Le
11 et le 12 juin, la ville se vide de ses habitants qui fuient sur les
routes ou par la mer. Le 13 juin, les troupes allemandes entrent dans une ville
quasi d�serte, encore recouverte des fum�es des bacs de p�trole
incendi�s. C'est le d�but d'une longue et terrible occupation. Les restrictions
alimentaires affament la population. Les bombardements r�p�t�s s�ment
la mort et les destructions. Transform�e en place forte, la ville est incluse dans le mur de l'Atlantique
et les quartiers du bord de mer et du port sont �vacu�s de leur population.
La r�sistance s'organise et porte des coups s�v�res � l'ennemi : d�raillements
de trains, destruction de la base sous-marine... En septembre 1944, apr�s
un si�ge de dix jours, la ville est lib�r�e. Mais
elle est en partie d�truite, les bombardements des 5 et 6 septembre 1944,
en particulier ont �t� d�vastateurs. Le bilan des cinq ann�es de
guerre est lourd :
5126 morts - 28 fusill�s
132 bombardements
12500 immeubles d�truits - 35000 sinitr�s totaux
18 kilom�tres de quais d�truits dans le port
La paix revenue, dans des conditions de
vie difficiles surtout pour les sinistr�s, malgr� une p�nurie parfois
totale de mat�riaux, les Havrais se remettent au travail. La reconstruction
va durer vingt ans, de 1945 � 1964. L'agglom�ration urbaine ne retrouve
sa population d'avant-guerre qu'au d�nombrement de 1962. Bl�ville est annex� au Havre en 1953 et Sanvic en 1955.
En 1953, les Havrais ont la satisfaction de voir
un des leurs, Ren� Coty, acc�der � la pr�sidence de la R�publique.
La reconstruction modifie compl�tement
le visage de la ville, Le Havre est d�sormais une
ville orthogonale, ponctu�e de b�timents remarquables comme l'�glise Saint-Joseph,
l'h�tel de ville ou le mus�e des Beaux-Arts. Le
Havre s'enorgueillit de poss�der la premi�re maison de la Culture de France
inaugur�e en 1961 par Andr� Malraux et install�e depuis 1982 dans les
b�timents d'une architecture originale con�ue par Oscar Niemeyer. La for�t
de Montgeon, le parc de Rouelles sont des espaces de nature et de libert�
qui permettent aux Havrais de se d�tendre.
L'activit� du port a beaucoup �volu� depuis la
derni�re guerre. Apr�s une
p�riode faste pour les grands transatlantiques comme
�Libert� ou �France�, ceux-ci, concurrenc�s
par les transports a�riens, ont disparu. L'espace portuaire s'est
consid�rablement �tendu vers l'est, consacr�
essentiellement au trafic min�ralier et aux containers.
L'industrie, elle aussi a �volu� en partant � la
conqu�te de la plaine alluviale, d'importantes
industries nouvelles se sont implant�es : construction
automobile avec les usines Renault,
industrie chimique des d�riv�s du p�trole.
Si�ge d'�coles de haut niveau comme l'Ecole
Sup�rieure de Commerce, l'Ecole Nationale de la Marine Marchande, l'Institut
des Affaires Internationales, dot� d'un IUT, Le Havre poss�de une universit�
depuis 1983. Ville moderne tourn�e vers l'avenir,11�me
ville de France et 1�re ville de Normandie par sa population, port
de l'Europe ouvert sur le trafic de l'Atlantique nord, Le Havre a de nombreux
atouts pour faire face aux d�fis du XXe si�cle.
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