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Les dossiers de l'histoire

Du Havre-de-grace � porte oc�ane - 11 juin 1940. Un drame de l'exode
5 et 6 septembre 44, jours maudits - Provisoire et transition

DU HAVRE-DE-GRACE A LA PORTE OCEANE  

JEAN LEGOY

UNE VOCATION PORTUAIRE

extrait du livre "Le HAVRE volonté et modernité"
éditions La Galerne

La Seine et son estuaire forment, depuis les temps les plus recul�s, la voie de p�n�tration naturelle vers l'int�rieur de la France et sa capitale, Paris. Grand axe de commerce et de relations entre les hommes, l'estuaire est un site tr�s anciennement habit� : � l'�poque gallo-romaine, c'est le port de Caracotinum, anc�tre d'Harfleur, et surtout celui de Juliobona, Lillebonne d'aujourd'hui.
Pendant le Moyen Age, Rouen est le grand port de la Basse-Seine, mais la remont�e du fleuve oblige les navires de haute-mer � "all�ger" dans les ports de l'estuaire. Cette p�riode est caract�ris�e par la recherche du meilleur port possible : au XI�me si�cle, c'est la cr�ation de Honfleur sur la rive sud ; du XII�me au XV�me si�cles, c'est l'utilisation successive de Chef-de-Caux, l'actuelle Sainte-Adresse, de Harfleur, et surtout de Leure.
Mais au XVI� si�cle, ces ports s'ensablent et, malgr� des travaux importants, deviennent inutilisables. Rouen r�clame donc des autorit�s royales la cr�ation d'un nouvel avant-port. Cette demande rouennaise co�ncide avec une n�cessit� �conomique et strat�gique : le nouveau courant commercial d� � la d�couverte de l'Am�rique et l'afflux de ses richesses en Europe. C'est l'�poque du d�veloppement des villes de l'Europe du Nord qui profitent du d�placement du commerce europ�en de la M�diterran�e vers l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord. La royaut� fran�aise veut participer � ce nouveau courant de richesses et pour cela, il lui faut un port fiable sur les c�tes de la Manche pour abriter sa flotte.

UN"HAVRE NEUF"

Fran�ois 1er, charge l'amiral Bonnivet de cr�er un nouveau port le 7 f�vrier 1517. L'amiral transmet la mission � Guyon le Roy, seigneur du Chillou, capitaine du port de Honfleur. Ce dernier conna�t bien les rives de l'estuaire et choisit l'emplacement qui lui semble le plus favorable : les criques qui d�pendent de la paroisse d'Ingouville et d�nomm�es "lieu de Gr�ce". Le 16 avril 1517, le premier coup de pioche est donn� dans l'amoncellement des galets qui bordent la mer, le Perrey, et un chenal est creus�, menant � une crique am�nag�e en bassin, le futur bassin du Roy. Les habitants affluent d�j� et le 8 octobre 1517, le roi signe l'acte de naissance de la ville du Havre. Port et ville � caract�re militaire, entour�s de fortifications, avec une ouverture donnant sur la seule route qui les relie � l'arri�re-pays, la porte d'Ingouville ; et une entr�e du port gard�e par une puissante forteresse, la tour Fran�ois 1er.


D�cret de cr�ation du Havre-de-Gr�ce.

Il est visit� � plusieurs reprises par Fran�ois 1er, par Henri II, par Henri IV. Le roi tient la ville "en sa main" et l'administration est confi�e � un gouverneur, repr�sentant direct du roi. Le gouverneur ou son lieutenant, pr�side les r�unions d'un conseil charg� d'administrer la commune, constitu� de bourgeois notables, des n�gociants pour la plupart.
Il fallait du courage pour s'accrocher � cette fin de terre, face � la mer, le dos � un environnement hostile. Il fallait lutter ou p�rir, se d�fendre contre les �l�ments, se d�velopper ou dispara�tre.
En 1525, les Havrais r�sistent � la "m�le mar�e" qui emporte les premi�res constructions, noie une centaine d'hommes et emporte 28 bateaux de p�che jusqu'au pied du prieur� de Graville. Confiants dans l'avenir, ils construisent en 1541, un nouveau quartier, Saint-Fran�ois, sur les plans de l'architecte italien Girolamo Bellarmati. Il faut sans arr�t d�gager l'acc�s au port des amoncellements de vase et de galets amen�s par la mar�e ; des corv�es recrut�es parmi des habitants ex�cutent ce travail.
Ville nouvelle, ouverte � toutes les influences, le Havre-de-Gr�ce se r�v�le perm�able � la R�forme. Elle a rapidement son pr�che. Sous l'�gide de Coligny, Grand Amiral de France, de nombreux convois de protestants partent du Havre pour aller fonder des colonies en Am�rique o� ils esp�rent pouvoir pratiquer librement leur foi. Le Havre-de-Gr�ce devient ainsi un des enjeux des guerres de Religion. En septembre 1562, le trait� de Hampton-Court sign� entre la reine Elisabeth d'Angleterre et les protestants fran�ais ouvre Le Havre � une garnison anglaise de 3000 hommes command�e par Warwick. Apr�s un si�ge catastrophique pour les habitants, la ville est reprise en juillet 1563, par l'arm�e royale command�e par le conn�table de Montmorency, en pr�sence du jeune roi Charles IX et de la reine m�re Catherine de M�dicis.


Plan du Havre en 1563, par Hironimus Cock.

A la fin de la p�riode troubl�e des guerres de Religion, le commerce maritime du Havre-de-Gr�ce est interrompu, le port qui n'est plus entretenu, tombe en ruine et la population est diminu�e par le d�part en Angleterre ou en Suisse d'un certain nombre de protestants, surtout des artisans et des ouvriers qualifi�s. Lors de sa visite au Havre, en septembre 1603, Henri IV prend des mesures pour la restauration du port et la reprise du commerce maritime.

UNE VILLE ET UN PORT AU DESTIN AMBITIEUX

C'est Richelieu, ministre de Louis XIII et gouverneur du Havre qui fixe pour deux si�cles l'aspect militaire de la ville et du port. Il fait renforcer les fortifications, construire une porte de la ville monumentale, la porte d'Ingouville dite de Richelieu, et surtout il ordonne la construction d'une citadelle qui occupe toute la partie sud-est de la ville. Colbert renforce encore ce caract�re militaire en cr�ant un arsenal de la Marine autour du seul bassin � flot, le bassin du Roy, obligeant ainsi les chantiers navals � aller s'installer sur le Perrey en bordure de la mer et l'h�pital � se d�placer sur le territoire d'Ingouville en 1669.


La porte d'Ingouville en 1632.

Tout en renfor�ant le caract�re militaire du Havre-de-Gr�ce, ces deux ministres oeuvrent grandement au d�veloppement de l'activit� commerciale du port, introduisant ainsi des �l�ments contradictoires dans son expansion : le port de commerce se d�veloppant au d�triment du port de guerre, le bassin du Roy �tant r�serv� aux navires de guerre, les navires de commerce s'entassent dans l'avant-port et le long du Grand-Quai (actuel quai de Southampton). Le gouvernement pousse les n�gociants aux armements maritimes et aux entreprises coloniales. D�s le XVII�me si�cle, le Havre-de-Gr�ce re�oit les produits exotiques, sucre, caf�, coton, �pices, les accumule sur ses quais ou dans des entrep�ts et les redistribue vers la France et l'Europe. La Compagnie du S�n�gal, la Compagnie des Indes s'installent au Havre. La traite des Noirs, le commerce colonial avec les Am�riques et les Antilles fournissent du travail � une population de plus en plus nombreuse et enrichissent les n�gociants havrais. Gr�ce � l'accumulation du capital, les maisons de commerce du Havre qui n'�taient jusqu'alors que des comptoirs de maisons rouennaises ou parisiennes, acqui�rent ind�pendance et notori�t�. Une manufacture de tabacs s'installe � Saint-Fran�ois, les constructions navales se d�veloppent � la fois dans l'arsenal et sur les nombreux chantiers du Perrey. La prosp�rit� se manifeste par une vague de constructions : l'h�tel de Beauvoir pr�s de l'entr�e du port en 1752, la Douane � l'angle du Grand-Quai (quai de Southampton) et du quai Notre-Dame en 1754, le Pr�toire (actuel Mus�um) en 1758. La population atteint 20 000 habitants � la veille de la R�volution. Enferm�e dans ses remparts, la ville est surpeupl�e, on sur�l�ve les maisons, on construit dans les cours. Cet entassement a des cons�quences d�plorables sur l'hygi�ne et la salubrit�. Le Havre-de-Gr�ce est une ville malsaine o� les �pid�mies sont fr�quentes. Faute de place, les pauvres gens s'installent dans des cabanes ou de mauvaises constructions hors les murs, sur le Perrey, � Ingouville ou dans la plaine de Graville. Les riches n�gociants se font construire des pavillons, presque des ch�teaux, � la "C�te", � partir de 1750.

Les guerres de Louis XIV et de Louis XV interrompent momentan�ment l'essor du Havre, surtout en 1694 et en 1759 quand la ville est bombard�e par la flotte anglaise. Mais � chaque fois, la paix revenue, l'activit� maritime reprend de plus belle. En 1749, Madame de Pompadour veut voir la mer, c'est le Havre-de-Gr�ce que le roi Louis XV choisit pour la satisfaire, fastueuse visite qui ruine les finances de la ville pour plusieurs ann�es.
La guerre d'Ind�pendance des Etats-Unis, qui commence en 1776, marque une �tape importante dans l'histoire du Havre et oriente consid�rablement le futur destin de la ville. Des cargaisons importantes d'armes et de munitions sont achemin�es vers les insurg�s en partie par les soins de Beaumarchais. Des volontaires conduits par le g�n�ral Lafayette partent du Havre pour aller s'illustrer sur les champs de bataille am�ricains.


Arriv�e du Roi au Havre-de-Gr�ce, 1749.

VERS UNE VILLE NOUVELLE

Pr�vu comme un arsenal, Le Havre-de-Gr�ce est devenu au XVIII�me si�cle l'entrep�t de Paris et de Rouen, puis l'un des quatre grands ports coloniaux fran�ais. La prosp�rit� future d�pend maintenant de l'espace portuaire et urbain. Depuis le milieu du XVIII�me si�cle des �tudes sont entreprises pour agrandir le port et la ville afin de r�pondre � l'accroissement du trafic maritime et de la population. Quand, apr�s 1780, Le Havre devient le deuxi�me port fran�ais pour le commerce colonial et le trafic n�grier, le probl�me devient urgent. Lors de sa visite au Havre en juin 1786, le roi Louis XVI approuve le plan propos� par l'ing�nieur Lamand�. Selon ce plan, la surface de la ville doit �tre quadrupl�e, celle du port �tant doubl�e. Les travaux commencent rapidement mais ils sont quasiment interrompus par la R�volution.
Pendant la r�volution, Le Havre affirme son caract�re militaire en devenant un des points essentiels de la d�fense des c�tes face � l'Angleterre et en construisant ou en armant plusieurs fr�gates de la France r�volutionnaire. C'est aussi l'interm�diaire indispensable au ravitaillement de Paris et des arm�es par ses importations de bl� venu d'Europe du Nord ou d'Am�rique et r�exp�di� par la Seine.
Les Havrais participent activement � la R�volution. En mars 1789, ils prennent la parole et r�digent des cahiers de dol�ances. Le grand n�gociant Jacques Fran�ois Begouen est �lu d�put� du Tiers Etat. En l'an II, les Jacobins havrais �quipent et arment un bataillon de volontaires et donnent le nom de Havre-Marat � la ville. Ils multiplient leurs efforts pour soulager la mis�re des plus d�munis et pour leur apporter l'instruction. A deux reprises, en 1796 et en 1804, les Havrais repoussent les tentatives de bombardement de la flotte anglaise. Except� la p�riode qui suit la paix d'Amiens en 1802, le blocus des c�tes instaur� par l'ennemi marque un arr�t dans le d�veloppement du commerce maritime.
L'ach�vement du plan Lamand� reprend d�s la paix revenue. Les bassins du Commerce et de la Barre entrent en service, l'espace compris entre les anciennes fortifications et les nouvelles est enfin urbanis�, un r�glement de 1821 tente de donner � ces nouveaux quartiers une allure "bourgeoise".
Commence alors "l'�ge d'or" de la prosp�rit� havraise : le commerce triomphe ; en 1829, le Havre cesse officiellement d'�tre port de guerre au profit de Cherbourg. Le commerce du coton avec l'Am�rique, le transport des �migrants, la p�che � la baleine sont les principales activit�s du port. Les bateaux am�ricains � voile apportent le coton et remm�nent en fret de retour, les �migrants qui affluent sur les quais du Havre. Des dizaines de milliers d'Allemands, d'Italiens, de Grecs, de Russes arrivent au Havre par familles enti�res, toutes plus mis�rables les unes que les autres. Ils logent dans des auberges, des lieux d'accueil, ou simplement sur les trottoirs, dans l'attente d'un d�part. Il en sera ainsi jusque vers 1925, quand l'Am�rique r�glementera s�v�rement l'immigration. Ce sont eux qui assureront le d�marrage des compagnies maritimes et qui feront leur fortune.


Campement d'�migrants, 1844.

En 1817, un am�ricain de Nantukett, Jeremiah Winslow, attir� par les primes int�ressantes offertes par le gouvernement fran�ais, s’installe au Havre pour pratiquer la p�che � la baleine. Gr�ce � lui et � plusieurs autres armateurs dont les Lamotte et les Bossi�re, Le Havre devient le premier port baleinier fran�ais. Une flotte d’une quarantaine de navires baleiniers se livre � cette activit�.
br>Lors de la r�volution de 1830, Le Havre manifeste son attachement au lib�ralisme conservateur en r�sistant � l’application des ordonnances de Charles X concernant la presse et en adh�rant pleinement � la venue au pouvoir de Louis-Philippe.
La p�riode de la monarchie de juillet est aussi celle des d�buts de l’industrialisation du Havre. Hors les murs, dans la plaine de Graville, de part et d’autre du canal Vauban, s’installent les usines m�tallurgiques Mazeline et Nillus. Les raffineries de sucre, les briqueteries se multiplient � Ingouville et � Graville. L’arriv�e du chemin de fer au Havre en 1847, donne un �lan nouveau au d�veloppement de l'industrie et � l'activit� maritime, en particulier en augmentant l'afflux des �migrants en route pour l'Am�rique.
Cette prosp�rit� qui attire une population nombreuse fait qu'� nouveau Le Havre �touffe dans ses remparts, la population d�borde dans la plaine de Graville et de Leure. Dans le port, les navires ont du mal � trouver de la place, l'utilisation en 1847 des premiers navires � vapeur sur la ligne de New York, pose de nouvelles exigences. Il faut proc�der � de nouveaux agrandissements que vont retarder les troubles de la r�volution de 1848 et la crise �conomique qui l'accompagne. Cette r�volution se d�roule au Havre dans le calme. Elle se traduit surtout par un renforcement du pouvoir des notables. Tout le monde attend le retour d'une certaine stabilit� politique qui facilite la reprise des affaires et la fin du ch�mage.

UNE SECONDE NAISSANCE DU HAVRE

1852 peut �tre consid�r�e comme l'ann�e de la seconde naissance du Havre. Les Havrais obtiennent du gouvernement l'autorisation de supprimer les fortifications et d'annexer les communes voisines : Bas-Sanvic, Ingouville, partie ouest de Graville-Leure. D'un seul coup la surface de la ville est multipli�e par neuf et la population est doubl�e. La disparition des fortifications entre 1854 et 1864 permet de tracer les grandes art�res : actuels boulevard de Strasbourg, avenue Foch et boulevard Fran�ois 1er. Du 45�me rang des villes fran�aises qu'il tenait jusqu'alors, Le Havre acc�de au 10�me rang avec pr�s de 60 000 habitants. L'expansion est alors remarquable, une des plus rapides de toutes les villes fran�aises. Les 100 000 habitants sont atteints vers 1880 et � la veille de la guerre de 1914, l'agglom�ration havraise compte environ 170 000 habitants.
Deux �v�nements, entre 1852 et 1914, ralentissent momentan�ment cette
progression : la guerre de S�cession qui de 1861 � 1865 divise le nord et le sud des Etats-Unis et qui a un effet n�faste sur le commerce, et la guerre de 1870-1871 pendant laquelle les notables r�publicains prennent en main la d�fense de la ville et emp�chent les Prussiens de s'en emparer.
Le remplacement progressif de la navigation � voile par la navigation � vapeur, l'augmentation de la taille des navires avec l'adoption de la coque en fer, la progression du volume des marchandises transport�es n�cessitent l'agrandissement du port.De nouveaux bassins sont creus�s - bassin de Leure, bassin Vauban, bassin Dock, bassin Bellot. La cr�ation des grandes compagnies maritimes, la Compagnie g�n�rale transatlantique en 1864, les Chargeurs R�unis en 1872, les escales des navires des grandes compagnies �trang�res, anglaises, allemandes, hollandaises, am�ricaines, la course au gigantisme des navires qu'ellesont engag�e, n�cessitent la cr�ation de bassins qui puissent recevoir ces �villes flottantes�. Un nouvel avant-port et un bassin de mar�e sont conquis sur la mer � partir de 1912.
L'industrie, li�e en grande partie au trafic maritime, prend de l’extension � Graville et dans le quartier de Leure. Constructions navales avec les Forges et Chantiers de la M�diterran�e ; fabrication de machines marines et d'engins de levage avec les ateliers Caillard, Duchesne ; les huileries et la raffinerie de p�trole de Desmarais ; Tr�fileries et Laminoirs de Lazare Weiler ; ateliers �lectrom�caniques de la Soci�t� Westinghouse ; Corderies de la Seine ; Compagnie des Extraits Tinctoriaux et Tannants ; Soci�t� le Nickel... s'implantentau Havre. Dans la banlieue, Schneider s'installe � Harfleur, l'usine de plomb Bassot � Gournay. A partir de 1890, le nombre des Havrais travaillant dans l'industrie d�passe ceux employ�s sur le port et dans la marine.


Etablissements Schneider et Cie. Vue g�n�rale des ateliers d'artillerie.

Le Havre s'embellit cependant en construisant des b�timents � usage public : un nouvel h�tel de ville, une sous-pr�fecture, un palais de justice, une gare, chef-d’œeuvre de l'architecture m�tallique, le Cercle Franklin. La ville b�n�ficie du premier r�seau de tramways install� en France, d'abord tramways hippomobiles puis tramways �lectriques. La municipalit� Jules Siegfried dote Le Havre du premier bureau d'hygi�ne fran�ais et d'un nouvel h�pital, l'h�pital Pasteur, d'une conception originale, par pavillons s�par�s.
L'augmentation de la population est essentiellement due � des apports ext�rieurs : hauts et bas-Normands chass�s des campagnes par la crise de l'agriculture et l'industrie cotonni�re ; Bretons fuyant la mis�re ; Anglais, Suisses, Allemands, employ�s dans le n�goce. Cette multiplicit� des apports n'est pas sans poser des probl�mes d'int�gration surtout pour les plus d�munis. Tel est le cas, pendant plus d'un demi-si�cle, des Bretons, v�ritables immigr�s dans un Havre qui, pendant longtemps, ne leur offre que des travaux p�nibles et des conditions de vie mis�rables. Population aux structures sociales tr�s contrast�es, aux oppositions tranch�es inscrites dans le paysage urbain : une ville basse ouvri�re et populeuse, une ville haute, �la C�te�, bourgeoise et a�r�e. Une bourgeoisie constitu�e de grands capitaines d'affaires entour�s d'une pl�iade de n�gociants, courtiers, mandataires ; des masses populaires salari�es et d�pendantes qui vivent essentiellement de l'activit� maritime et industrielle. Entre ces deux p�les, des couches interm�diaires, peu nombreuses, compos�es d'artisans, de petits commer�ants, de membres des professions lib�rales et d'un groupe tr�s r�duit de fonctionnaires, de magistrats, de professeurs, d'ing�nieurs et d'artistes. Une population rapide � s'�mouvoir, � se r�volter, comme lors des conflits sociaux de 1900 ou de l'affaire Durand en 1910.
Affront�s � de grandes difficult�s de logement et d'hygi�ne, se heurtant � un patronat certes clairvoyant mais intransigeant, souvent arrogant et dur, les travailleurs havrais se regroupent assez vite et se dotent, d�s 1880, de structures syndicales qui font du Havre l'un des bastions du syndicalisme en France.
Au cours de la guerre 1914-1918, Le Havre est la grande base d'approvisionnement des arm�es alli�es. Les troupes britanniques s'installent d�s le mois d'ao�t 1914, suivies par les Am�ricains en 1917. Une activit� intense r�gne sur le port : troupes, mat�riel, munitions d�barquent � un rythme continu. Des camps de repos, des d�p�ts de mat�riel, des h�pitaux sont install�s dans la ville et aux environs. Les Belges tiennent une grande place parmi les Alli�s. Sainte-Adresse devient la capitale de la Belgique : gouvernement, fonctionnaires, corps diplomatique s'installent au Nice-Havrais et dans les villas du bord de mer. Havrais et r�fugi�s belges travaillent avec ardeur � la fabrication du mat�riel de guerre. En d�cembre 1915, l'explosion de l'usine pyrotechnique belge cause de nombreux morts et des d�g�ts consid�rables � Graville et � Harfleur. Dans la nuit du 31 juillet au 1er ao�t 1918, un avion allemand survole la ville et l�che ses bombes au hasard, causant la mort du docteur Postel dans les ruines de sa maison rue Just-Viel. Aux arm�es, 7000 soldats havrais, en particulier des 129�me et 329�me r�giments d'infanterie, trouvent la mort sur les champs de bataille.


Si�ge des ministres belges durant la guerre 1914-1918.

LA � PORTE OCEANE �

Apr�s l'armistice de 1918, Le Havre reprend sa place de grand port de commerce. Les lignes transatlantiques sur New York et les Antilles se d�veloppent. Des grands paquebots d'avant 1914, seul reste �La France�. De nouvelles unit�s viennent combler les disparitions : �Paris�, �Ile-de-France�, �Lafayette�, �Champlain� et surtout �Normandie�, maintiennent le prestige de la Compagnie g�n�rale transatlantique. Mais la fin de l'�migration vers l'Am�rique et la crise de 1931 compromettent son �quilibre financier. Bien que la concurrence �trang�re se fasse de plus en plus sentir, Le Havre demeure un grand march� mondial du caf�, du coton, du cacao, du bois. L'industrie, elle aussi, se d�veloppe ; aux industries d'avant-guerre viennent s'ajouter la construction a�ronautique, usines Br�guet, et surtout la cr�ation d'une importante raffinerie de p�trole � Gonfreville l'Orcher.
La ville s'agrandit en annexant le reste de Graville en 1919. L'urbanisation monte � la conqu�te du plateau o� plusieurs lotissements permettent de d�sengorger les vieux quartiers. La municipalit� L�on Meyer tente d'assainir la ville basse et d'y rendre la vie plus agr�able. Plusieurs jardins publics sont cr��s, la gare est reconstruite, le Palais des Expositions est ouvert. La population de l'agglom�ration havraise atteint 185 000 habitants en 1936. La vie politique et syndicale est toujours tr�s active. Elle est marqu�e par la grande gr�ve des m�tallurgistes de 1922 au cours de laquelle quatre ouvriers sont tu�s pr�s de Franklin et surtout par le grand mouvement social de 1936 qui commence par la gr�ve et l'occupation de l'usine Br�guet.
Mais en 1939, c'est � nouveau la guerre. Le Havre redevient une base britannique. L'hiver 39-40 est calme, mais, apr�s le d�clenchement de l'offensive allemande, le 10 mai 1940, le 19 a lieu le premier bombardement ennemi. Le 11 et le 12 juin, la ville se vide de ses habitants qui fuient sur les routes ou par la mer. Le 13 juin, les troupes allemandes entrent dans une ville quasi d�serte, encore recouverte des fum�es des bacs de p�trole incendi�s. C'est le d�but d'une longue et terrible occupation. Les restrictions alimentaires affament la population. Les bombardements r�p�t�s s�ment la mort et les destructions. Transform�e en place forte, la ville est incluse dans le mur de l'Atlantique et les quartiers du bord de mer et du port sont �vacu�s de leur population. La r�sistance s'organise et porte des coups s�v�res � l'ennemi : d�raillements de trains, destruction de la base sous-marine... En septembre 1944, apr�s un si�ge de dix jours, la ville est lib�r�e. Mais elle est en partie d�truite, les bombardements des 5 et 6 septembre 1944, en particulier ont �t� d�vastateurs. Le bilan des cinq ann�es de guerre est lourd :

5126 morts - 28 fusill�s
132 bombardements
12500 immeubles d�truits - 35000 sinitr�s totaux
18 kilom�tres de quais d�truits dans le port

La paix revenue, dans des conditions de vie difficiles surtout pour les sinistr�s, malgr� une p�nurie parfois totale de mat�riaux, les Havrais se remettent au travail. La reconstruction va durer vingt ans, de 1945 � 1964. L'agglom�ration urbaine ne retrouve sa population d'avant-guerre qu'au d�nombrement de 1962. Bl�ville est annex� au Havre en 1953 et Sanvic en 1955.
En 1953, les Havrais ont la satisfaction de voir un des leurs, Ren� Coty, acc�der � la pr�sidence de la R�publique.
La reconstruction modifie compl�tement le visage de la ville, Le Havre est d�sormais une ville orthogonale, ponctu�e de b�timents remarquables comme l'�glise Saint-Joseph, l'h�tel de ville ou le mus�e des Beaux-Arts. Le Havre s'enorgueillit de poss�der la premi�re maison de la Culture de France inaugur�e en 1961 par Andr� Malraux et install�e depuis 1982 dans les b�timents d'une architecture originale con�ue par Oscar Niemeyer. La for�t de Montgeon, le parc de Rouelles sont des espaces de nature et de libert� qui permettent aux Havrais de se d�tendre.
L'activit� du port a beaucoup �volu� depuis la derni�re guerre. Apr�s une p�riode faste pour les grands transatlantiques comme �Libert� ou �France�, ceux-ci, concurrenc�s par les transports a�riens, ont disparu. L'espace portuaire s'est consid�rablement �tendu vers l'est, consacr� essentiellement au trafic min�ralier et aux containers. L'industrie, elle aussi a �volu� en partant � la conqu�te de la plaine alluviale, d'importantes industries nouvelles se sont implant�es : construction automobile avec les usines Renault, industrie chimique des d�riv�s du p�trole.
Si�ge d'�coles de haut niveau comme l'Ecole Sup�rieure de Commerce, l'Ecole Nationale de la Marine Marchande, l'Institut des Affaires Internationales, dot� d'un IUT, Le Havre poss�de une universit� depuis 1983. Ville moderne tourn�e vers l'avenir,11�me ville de France et 1�re ville de Normandie par sa population, port de l'Europe ouvert sur le trafic de l'Atlantique nord, Le Havre a de nombreux atouts pour faire face aux d�fis du XXe si�cle.  


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