Les dossiers de l'histoire
- 11 juin 1940. Un drame de l'exode
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11 JUIN 1940. UN DRAME DE
L'EXODE
LTRGDENIS
CHAMBREILAN
AAEDIE DU �NIOBE�
extrait du livre "Le HAVRE volonté et modernité"
éditions La Galerne
Ce jour-l�, le 11 juin 1940, en d�but d'apr�s-midi, ils sont
des milliers de civils, terrifi�s par l'avance tr�s rapide des troupes
allemandes, et par les bombardements sur la cit�, � embarquer �
bord des navires, et fuir par la mer.
A bord du charbonnier �Niob�,amarr� quai
Joann�s-Couvert, cargo de la Compagnie navale caennaise, s'entassent
des centaines de personnes.
Les flancs du navire sont pleins de 800 tonnes
de munitions, obus et autres engins de guerre.
A 16h55, entre Antifer et Saint-Jouin, le �Niob� est attaqu� par un avion �Stuka� allemand qui
l�che quatre bombes qui firent toutes mouche.
Onze survivants seront secourus et sauv�s
par l'�quipage du caboteur �Cotentin�, neuf hommes, une jeune
fille et un enfant, qui flottaient au milieu de cadavres et de d�bris
divers.
C'�tait il y a cinquante-deux ans, un drame venu de la mer, comme
des milliers d'autres en ce d�but de �dr�le de guerre�. Le drame
de 44 au Havre, l'a depuis recouvert de son ombre... venue du ciel.
Des journalistes ont tent� de
comprendre ce qui a pu se passer ce jour-l�. Une
catastrophe, pas tout � fait comme les autres, rest�e
longtemps dans l'oubli. Ils se sont efforc�s de rendre
hommage � la m�moire de ces nombreuses victimes, en
recueillant de la bouche m�me des rescap�s, des r�cits
terrifiants.
Tournons ensemble cette page tragique et mal connue de
notre histoire locale, avec les rares t�moignages de
quelques-uns des miracul�s du �Niob�.
Louise Geoffroy, �pouse
Gadebois.
"Ma soeur et moi sommes donc all�es au port pour embarquer
au plus vite. Comme nous �tions tr�s jeunes, nous laissions passer
devant nous, les femmes, les enfants et les vieillards. Soudain
il y eut une alerte, nous sommes all�es nous mettre � l'abri au
pied du s�maphore. Un grad� nous a fait monter � bord d'une Abeille,
direction le quai Joann�s-Couvert, o� le "Niob�" devait
appareiller. La D.C.A a abattu pendant notre court trajet un avion
allemand qui s'est �cras� sur un bac de p�trole. Personne ne nous
a parl� de munitions � bord... Si j'avais su...". (Havre Libre,
14 juin 1985).
Maurice
Gadebois.
"Ma famille et moi sommes mont�s � bord du "Niob�",
d�j� tr�s surcharg�. Un matelot s'est ru� sur moi et me dit : "Ne
fumez pas, il y a des munitions � bord, vous pouvez bien attendre
une heure et demie avant d'arriver � Caen".
J'apprenais ainsi notre malheur, et notre destination.
Cinquante-deux infirmi�res de l'h�pital Pasteur sont
mont�es elles aussi � bord. Il est 14h55 quand nous
sortons du port. J'ai vu l'heure sur l'horloge du mus�e.
Apr�s 40 minutes de route � travers les mines et les
d�bris, nous croisons des navires de guerre, qui tirent
vers la c�te. Un bateau � coque blanche demande de
l'aide, il y a le feu � bord, de grandes flammes�. (Paris-Normandie,
11 et 12 juin 1949).
Ainsi le �Niob� se d�route et
va vers lui. Beaucoup de Havrais reconnaissent le
�G�n�ral-Metzinger�. Son �quipage r�ussit
rapidement � circonscrire l'incendie. Deux chalutiers se
h�tent vers lui. Il est sauv�. Le commandant et le
pilote Paul Lengronne d�cident de reprendre leur route.
Deux coups de sir�ne annoncent cette d�cision.
Maurice Gadebois.
�20 minutes apr�s, deux avions nous survolent alors
que nous apercevions d�j� la c�te au loin ; l'un
poursuit son chemin, l'autre tourne au-dessus de nous. Il
pique et nous l�che quatre bombes. Deux tombent �
l'avant, une sur la dunette et la derni�re dans les
cales arri�res. Il est exactement 16h55, j'ai le
r�flexe de regarder ma montre�.
Louise Geoffroy, �pouse
Gadebois.
�Ma pauvre soeur C�line est morte tr�s rapidement.
L'eau s'est mise � engloutir l'�pave dans un atroce
tourbillon. J'ai coul� deux fois. Je ne sais pas comment
je suis remont�e � la surface. Je me suis accroch�e �
une �pave provenant du navire. C'�tait affreux,
affreux. Les corps des passagers �cartel�s flottaient
� la surface... pr�s de moi, il y avait une t�te. Les
gens hurlaient de douleur, ou de terreur. Un bateau
anglais nous a crois�s, je crois qu'il nous a vus, mais
ne s'est pas arr�t�.
Maurice Gadebois.
�Le "Niob�", sit�t touch� se casse en
plusieurs morceaux, dans un bruit formidable. Je
m'enfonce dans les flots. Je vois des gens se d�battre
dans l'eau. Ils sont nombreux autour de moi,
connaissances ou amis, � se noyer. Mon fils �g� de 13
ans m'agrippe, je le soutiens et prends la direction de
la c�te. Mon petit devait mourir dans mes bras de
congestion. Ma femme �tait disparue avec tous les autres
dans un horrible tourbillon. Avant l'arriv�e des
secours, je peux l'affirmer, nous �tions plus d'une
vingtaine � flotter tant bien que mal, malgr� les
madriers et les d�bris qui nous meurtrissaient�.
Joseph Kervella, matelot.
�De l'�quipage, nous n'�tions que quatre � nous
en �tre sortis. Je suis rest� accroch�, avec mon
"coll�gue" Gourmelen, � un panneau de bois.
Le petit cargo Cotentin nous a aper�us, je l'ai vu se
diriger vers nous avant de m'�vanouir�.
Capitaine Cousin, responsable du
caboteur �Cotentin�.
�A 17 heures, j'ai aper�u droit devant, une
violente explosion. J'ai d�cid� sans h�siter de porter
secours � ce b�timent en d�tresse. A 18 heures, nous
arrivions sur place, j'ai aper�u une large tache
suspecte, et dans son milieu, nous entendions des appels
d�chirants au secours. Nous n'avons r�cup�r� que 11
survivants, c'�tait horrible�.
Maurice Gadebois.
�Un bateau s'est avanc� avec pr�caution parmi les
cadavres. Des canots sont venus, je me souviens avoir
�t� sauv� le troisi�me. Les sauveteurs ne purent
recueillir tout le monde rapidement, des malheureux se
sont noy�s aux portes du salut, � bout de r�sistance.
Je me suis retrouv� � bord, avec treize blessures
jug�es graves. Une jeune fille est � mes c�t�s, dans
un triste �tat. Le commandant en prit grand soin. Le
ciel �tait jaune. Un enfant d'une dizaine d'ann�es, qui
a vu dispara�tre ses parents, est fortement
commotionn�, et ne cesse de r�p�ter "Papa, Maman,
glouglou". Le cauchemar�.
Le
�Cotentin� les emmena � Ouistreham, d'o� ils furent
dirig�s vers l'h�pital de Caen ; ils y arriv�rent 14
heures apr�s l'explosion.
La pagaille r�gnait l� aussi, et les bless�s eurent
quelque mal � se faire soigner. Louise Geoffroy, la
jeune rescap�e, fut renvoy�e de l'h�pital, seulement
deux jours apr�s y �tre entr�e.
�En sortant de l'h�pital, je n'�tais pas belle �
voir. Je devais avoir l'air d'une folle avec mon bandage
sur Ioeil, les pieds nus et mes cheveux encore
couverts de mazout (...) Ma m�re nous attendait ma soeur
et moi, � Trouville depuis trois jours, guettant chaque
bateau... �a brise des vies tout �a!�.
Maurice Gadebois quant � lui, fut soign� un mois durant
dans cet �tablissement hospitalier, d�pourvu de
chirurgien. Il doit son salut � la bont� de la soeur
Sainte-Claudine, et le d�vouement d'une infirmi�re, Mme
Portier.
A son retour � Sainte-Adresse, la municipalit� lui
remit 125 grammes de viande et trois livres de pain.
�Et ce fut une foule de gens qui ayant connu mon
retour, vinrent me demander si je savais ce qu'�taient
devenus leurs parents disparus... Vous voyez d'ici
quelle r�ponse je pouvais leur faire�.
Il y a quelques ann�es la mairie du
Havre devait communiquer la note suivante : �Des
corps furent rejet�s sur le rivage, et enterr�s sur
place par ceux des habitants qui n'avaient pas �vacu�.
Il est peu probable, en raison des circonstances, que
l'on ait pu proc�der � l'identification de ces
malheureux. Nos archives ne rec�lent ni liste, ni
correspondance � ce sujet. Aucune translation de corps
dans l'un des cimeti�res du Havre ne fut op�r�e �
notre connaissance. Par contre les services d'�tat civil
ont enregistr� quelques jugements d�claratifs de
d�c�s. Que ces jugements aient �t� peu nombreux ne
doit pas surprendre, des familles enti�res ayant �t�
an�anties�.
Dans une copie d'un proc�s-verbal
de la Gendarmerie maritime, compagnie de Cherbourg (n�
171 en date du 13 juin 1962), on
�value � 1200 les personnes pr�sentes � bord du
�Niob� apr�s une longue enqu�te, dont les
conclusions furent d�pos�es au Havre le 27 juin 1962.
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La trag�die du
"Niob�"
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Plus d'eau, ni d'�lectricit�
D�s cinq heures du matin, ce jour-l� le 11 juin 1940 au
Havre, il n'y avait plus de t�l�phone ; � 10 heures
plus d'�lectricit� et plus d'eau. Le contre-amiral de
Vilaine signe une d�cision d'abattre chiens et chats.
Exode
Sur les routes menant aux bacs et passages d'eau, ce
furent de longs et tristes cort�ges d'automobiles. On a
parl� de 7 � 8000 v�hicules abandonn�s par leurs
propri�taires sur la rive pr�s du bac de Berville.
Le maire et ses adjoints...
�de l'autre c�t� de l'eau�
La municipalit�, le maire L�on Meyer et la plupart de
ses adjoints, �taient pass�s �de l'autre c�t� de
l'eau�, d�s le samedi 8 juin, sur un petit navire
fr�t� sp�cialement depuis le d�but de la semaine, qui
partit du s�maphore de Trouville.
Aucun ordre, aucun avis ne fut publi� en ce qui concerne
l'�vacuation des civils.
800 tonnes de munitions
En juin 40, c'est la d�b�cle. Le �Niob� est venu �
Rouen d�charger une cargaison de charbon, en provenance
de Rotterdam. Il ne quittera pas Rouen sur le lest.
L'autorit� militaire a fait �enfourner� dans ses cales
1800 tonnes de munitions et de vivres, qu'on aurait
demand� au commandant d'aller d�barquer � Dunkerque.
Le secteur est plut�t malsain, il est impossible
d'accoster. Le �Niob� va alors mouiller en rade de
Douvres, o� deux chalutiers lui auraient confi�
quelques centaines de munitions suppl�mentaires. Apr�s
Douvres, il vient donc � Cherbourg cette fois, o� il
d�barque la partie �vivres� de sa cargaison, et le 9
juin il arrive au Havre avec toujours dans ses flancs,
son explosive cargaison d'obus et autres engins de
guerre.
Le chenal min�
V�ritable �champ� de mines, le
chenal ainsi pi�g� oblige les bateaux qui veulent aller
vers le Calvados et la Manche, � longer d'abord la c�te
� leur droite vers la H�ve, Saint-Jouin et Octeville,
avant de piquer vers l'ouest ou le sud-ouest.
Paul Lengronne, pilote du
Havre, citation � l'ordre de l'arm�e de mer
"... a sorti du port du Havre le vapeur
fran�ais Niob�, ayant � bord outre une grande
quantit� de munitions, environ 800 personnes, hommes,
femmes et enfants et de nombreux militaires et marins de
l'Etat�.
Paul Lengronne a disparu au cours du naufrage du navire,
survenu peu apr�s.
Position de l'�pave
L'�pave pr�sum�e du �Niob�, g�t par 49� 30' 40''
de latitude nord et O� 1' 45'' de longitude ouest, �
11,40 m�tres de profondeur, dans l'axe du phare de la
H�ve, quatre miles � l'ouest. Il
serait coup� en deux, inclin� � 45� sur tribord,
seule la passerelle para�trait intacte. (Service
hydrographique et Service des Ouvrages du Port Autonome
du Havre, 1963.)
Hommage
Il aura fallu attendre le mois de
juin 1986, pour qu'une st�le comm�morative soit
inaugur�e au pied du s�maphore du Havre, boulevard
Cl�menceau. Une initiative municipale r�pondant
au souhait des familles des victimes.
"Le Niob� de la mythologie personnifie la
douleur maternelle, devait d�clarer � cette
occasion M. Durom�a maire de la ville, ce fut le
"bateau de la mort", dont la fin les
marqua � jamais".
La jeune fille rescap�e du
naufrage
La petite histoire nous dit que Melle Louise Geoffroy, la
jeune fille de 19 ans rescap�e du naufrage, si elle a
perdu une seur dans la catastrophe, y a par la
suite gagn� un mari ; M. Maurice Gadebois, l'un des
civils rescap�s, lui pr�senta par la suite son fils
a�n�. Les jeunes gens se mari�rent en 1942.
Responsabilit�s
Les responsabilit�s, qui a jamais cherch� � les
�tablir? Il �tait certes absurde d'embarquer tant de
civils sur un cargo charg� de munitions. Mais dans la
pagaille, et parfois la panique qui r�gnaient alors,
cela ne choqua sans doute personne... Les �hasards de la guerre�.
Nombre de victimes, le doute
plane
En 1963, un proc�s verbal de la Gendarmerie maritime en
date du 13 juin arrive � la conclusion suivante:
"1200 r�fugi�s se sont entass�s � bord.
Parmi les passagers, beaucoup d'isra�lites, des
Hollandais et des Belges (...) Onze personnes, dont la
plupart furent gri�vement bless�es, ont �t�
r�cup�r�es et dirig�es � Ouistreham".
A Sainte-Adresse, une tombe
est toujours fleurie
Au cimeti�re de Sainte-Adresse, sept victimes du
�Niob� reposent sous une tombe fleurie deux fois par
semaine par le seul enfant rescap� du naufrage, et qui
45 ans apr�s, n'a rien oubli�...
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