Critiques Littéraires
- Quelques polars
Quelques polars
" Le testament " de John Grisham
Le dernier Grisham . Aussi bon, voire meilleur que
les précédents(" l'Associé ", "
La loi du plus faible ") , mais toujours un cran en dessous
de " la Firme ", ou de " L'Affaire Pélican
" question suspense . Il y a cependant dans ce récit
plus de poésie et d'humanité que dans les précédents
. Thème principal donc, un testament, objet de toutes les
convoitises, sauf de la principale intéressée, l'héritière,
missionnaire en Amérique latine . Un thriller où
la Foi a la part belle , bref un très bon moment à
passer et de belles promesses pour l'âme . Totalement américain
!
" La petite fille qui aimait Tom Gordon ", de Stephen
King
Pas mal, mais pas top non plus . On dirait que
ce bon King oscille entre le conte pour enfant (quoique j'hésiterai
à le faire lire à ma fille de onze ans) et le récit
d'horreur habituellement destiné aux avertis ; Selon les
chapitres, on est dans l'un, puis dans l'autre . Au bout du compte,
et malgré une fin qui rattrape quelques longueurs, voici
un livre tout juste bon pour un trajet Paris- Le Havre en train
. Ce qui fait un peu cher .
" Prisonniers du Temps ", Michael Crichton
Polar toujours, mais pas nouveau ; sous prétexte
d'étaler sa science en matière de physique quantique
-thème qui reste fumeux à souhait-, ce bon Chichton
nous fait le coup du voyage dans le temps, et bien sûr au
Moyen -Age . Est- ce à dire que le remake des " Visiteurs
" marche si bien aux States que les auteurs de best sellers
n'ont pas pu s'empêcher de se faufiler derrière ?
En tous cas, j'ai plus ri avec Clavier
En clair, bof,
bof .
" Le Concile de Pierre ", de Jean Christophe Grangé
Après " le Vol des Cigognes " et
" les Rivières Pourpres ", ce troisième
roman de Jean Christophe Grangé est à la hauteur
de nos espérances ; on y retrouve les obsessions désormais
classiques de l'auteur : des flics en noir, des enfants dérobés,
des viscères étalées , des médecins
éclairés et des chercheurs maniaques .le thème
: un enfant adopté au bout du monde et dont le passé
mystérieux resurgit peu à peu , des tueurs et une
mère face à face et une poursuite jusqu'en Mongolie
. L'athmosphère est lourde et confine à l'épouvante
; l'éclat des yeux est forcément " métallique
", les tissus luisent comme " le tranchant d'une hache
"
. On pourrait en sourire, mais on est simplement saisi,
porté par un Grangé qui affine sa plume et son talent
d'écrivain ; glauque, mais superbe . A dévorer tout
de suite .
" Musique et silence ", de Rose Tremain
Pour ceux qui n'auraient pas eu le temps de le lire
cet été, pas d'hésitation à s'en emparer
dès maintenant . Shakespeare en lisible et moins pesant,
tel pourrait se définir la plume de Rose Tremain, découverte
en 1994 avec " le Don du Roi ". Pour ceux qui ont moins
aimé " Le Royaume interdit ", sachez que "
Musique et silence " est, à mon sens, cent fois meilleur
. A la cour du Roi de Danemark, début XVIIe , un jeune
luthiste, le roi, la reine- mère et l'épouse répudiée
exposent tour à tour leur quête . Merveilleux de
finesse, de cruauté et de poésie , un hymne à
la musique et à l'amour, qui triomphent de concert dans
ce roman .
" Le Portique ", de Philippe Delerm
Les cent pages de ce petit roman sont merveilleuses,
comme toute l'uvre de Philippe Delerm, et constituent un
véritable bain de douceur et de vérité, de
force et de tendresse. Un homme dans la force de l'âge -
comprendre, à qui l'âge commence à peser-
déchiffre, dans son jardin, les paraboles de la vie : les
arbres qui vieillissent et qu'il faut remplacer, les enfants qui,
tels des plantes grimpantes, vous débordent, vous échappent
pour vivre à leur gré . Le portique est au centre
des choix qui, en cet instant délicat, s'imposent à
cet homme fragile et lucide . Pudique et sobre, Delerm nous fait
suivre les instants cruciaux où l'on peut décider
, ou non, de continuer . A lire maintenant, et à relire
quand nos enfants s'éloigneront ( et donc le plus tard
possible ) .
" Les Bidochon usent le forfait ", de Binet -- Bande
dessinée
On s'en saisit en espérant que , cette fois,
Binet va remonter un peu au-dessus de la ceinture abdominale,
et l'on n'est pas déçu . Hilarants, Robert et Raymonde,
avec leur tout nouveau portable, qui soulève de nombreux
problèmes : qui appeler quand on n'a pas d'amis, comment
être appelé en retour , et surtout, comment utiliser
la totalité de son forfait . Bref, des questions existentielles
et des réponses inénarrables pour ce couple infernal,
qui mérite qu'on s'attarde une demi-heure à La Galerne
, dans un de ces confortables canapés rouges où
j'ai toujours des scrupules à m'asseoir .
" Toute Vérité est bonne à dire ",
de Claude Allègre
C'est l'histoire d'une autojustification de 200
pages, sur un ministère qui aurait pu permettre de "
dégraisser le mammouth ", mais qui a juste servi a
faire tomber l'enthousiasme et les illusions d'un homme sincère
( enfin, il me semble) . Avec verve, sous la forme d'un interview,
on suit le parcours de ce scientifique pas vraiment préparé
à affronter le monstre que représente l' "
ednat " ; le constat qu'il dresse est terrifiant, mais on
sent qu'il n'invente rien . Il y a de l'amertume dans son propos,
mais c'est celle d'un homme courageux sacrifié à
l'autel de la stratégie politique socialiste . Passés
les états d'âme, restent les lamentables constats
sur le noyautage du système par les syndicats, l'esprit
minimaliste d'une partie des enseignants, et les aberrations françaises
habituelles en terme d'organisation du travail . Après
cette lecture, on a envie de faire la gueule aux maîtresses
de l'école- ce qui est stérile- ou de se présenter
à l'élection des représentants des parents
d'élèves - plus malin . Bravo à ma copine
Claire qui l'a fait, elle .