Quelle place pour les minorités ?
Après
les émeutes urbaines de novembre 2005, l'UDF du Havre a la conviction que notre
modèle d'intégration des jeunes issus de l'immigration nécessite une rénovation.
C'est dans cette perspective que Marc MIGRAINE, Conseiller Municipal du Havre et responsable UDF, a invité jeudi 11 mai Patrick LOZES président du CRAN* pour animer une réunion publique sur le thème " Quelle place pour les minorités : être noir et français " où plus d'une centaine de personnes était présentes. Cette réunion était organisée en partenariat avec le Conseil Supérieur des Sénégalais du Havre et le Collectif Havrais pour la Commémoration des Abolitions.
Patrick LOZES a fait un constat pessimiste de la situation des populations noires en France. Pour lui, la situation est aujourd'hui dramatique.
Patrick LOZES a dénoncé le fait que plus on monte dans la hiérarchie de la société, moins on rencontre de représentants de la population noire. Ce sentiment de ne pas appartenir au même pays, alors que nous sommes tous des citoyens, conduit à un refus global de la République. Selon lui, cette situation explique les violences urbaines auxquelles nous avons été confrontées, même si on ne peut évidemment pas les cautionner.
Pour Patrick LOZES, la France a occulté le débat sur l'intégration des noirs et l'a remplacé par la question de l'immigration. Il rappelle pourtant que 95 % des noirs en France sont Français. Il ne s'agit pas d'immigrés de deuxième génération - terme entendu dans les médias - mais bien de Français noirs.
Il s'est d'ailleurs demandé jusqu'à quand doit-on être considéré comme "immigrés de deuxième ou de troisième génération". Le Président du CRAN considère qu'il faut dire les choses pour pouvoir les dépasser. Il réclame des outils de mesures statistiques tenant compte de l'origine des Français car actuellement nous sommes dans le flou sur plusieurs questions essentielles. Quel est le taux de chômage des Français issus de l'immigration ? Quelle est leur situation économique et sociale ? Comment mesurer la réussite scolaire de leurs enfants ?
Cette
absence de diagnostic précis de la situation des populations issues
de l'immigration, notamment des plus jeunes, nous empêche
d'apporter les mesures efficaces et participe au déni du problème.
Il a fait un parallèle entre la lutte pour la libération de la femme et la discrimination
des noirs en soulignant que la discrimination des femmes a duré très longtemps
et qu'elle a été acceptée par notre société. Il a fallu la détermination du
mouvement de libération de la femme pour que notre société en prenne conscience.
Le Conseil Représentatif des Associations Noirs (CRAN) doit, selon lui, jouer
aujourd'hui pour les noirs le rôle qu'a tenu le M.L.F. pour la libération de
la femme dans les années 50-60.
Patrick LOZES a stigmatisé le racisme bien-pensant
qui, à propos des noirs, met l'accent sur la polygamie quand seulement
30 000 noirs sur 5 millions sont polygames.
A propos de la commémoration de l'abolition de l'esclavage, il s'est demandé
pourquoi la France a attendu si longtemps. La France a trop longtemps occulté
cette page sombre de son histoire et comme souvent en pareil cas, le passé rattrape
le présent.
Cette longue amnésie place les Français d'aujourd'hui dans une situation causasse
puisque que cet oubli leur fait assumer des atrocités tellement anciennes que
l'on pourrait considérer qu'elles sont prescrites.
Enfin,
à la Presse Havraise, Patrick LOZES a déclaré " Quand on interroge les Français,
ils sont largement antiracistes. Pourtant lorsqu'ils doivent louer un appartement
à un noir, ce sont les mêmes qui hésitent ! Il faut combler cette distance et
nous n'y arriverons que si nous parvenons à changer nos réflexes. La France
n'a pas vraiment lutté contre les discriminations et c'est là notre véritable
enjeu ".
Pour finir Patrick LOZES nous invite à retrouver le sens des mots liberté égalité fraternité.
Ces valeurs républicaines fortes ont-elles encore un sens quant à qualification égale un Français noir à cinq fois moins de chances de trouver un emploi.
* Conseil Représentatif des Associations Noires. Ce conseil a été créé en novembre 2005 et regroupe plusieurs milliers d'associations noires. Son ambition est d'interpeller les responsables politiques sur la question noire.
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