Le Havre en mutation : De l'énergie fossile aux énergies marines renouvelablesDe l'énergie fossile aux énergies marines renouvelables
L'Europe
obligeant la France à avoir, en 2020, 23%
d'énergie renouvelable consommée, les regards se tournent vers la
mer qui, chez nous, représente une
aire de 10 millions de m2 (la 2ème
du monde après les USA). Un atout de taille pour profiter de l'énergie
gratuite qu'offre la mer sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de vent, de vagues,
d'eau chaude ou de courants. La France, mauvaise élève.
Les Anglos-Saxons dominent la filière émergente des énergies marines renouvelables (EMR). Sur les 80 projets d'EMR à travers le monde, une trentaine sont situés en GB, moins de 20 aux Etats-Unis et à peine 5 en France. "Une filière est en train de se créer ; si l'Etat français ne prend pas le train en marche, elle va être dominée par les Anglos-Saxons" explique Michel Pailard (Ipanema - Initiative partenarialenationale pour l'émergence des énergies marines regroupant de nombreux acteurs comme Areva, Total, EDF, Alstom mais également la Haute et la Basse Normandie). "Faute de visibilité, les projets risquent de rester dans les cartons et les développements industriels et portuaires ad hoc de se faire ailleurs" prévenait en décembre dernier Philippe Gouverneur, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
Eoliennes : le vent se lèvera-t-il sur le offshore normand ?
L'éolien
en mer offre une énergie fiable,
disponible, mieux acceptée que l'éolien terrestre.
Fin 2008, 32 parcs éoliens en mer étaient d'ores et déjà en service ; pas un seul en France.
Les raisons du retard français :
recours
juridiques ; il ne verra pas le jour avant 2011 ou 2012... Le projet des "Deux
côtes" au large du Tréport subit le même sort. Pour certains industriels, ce retard peut devenir une opportunité, la France profitant ainsi du retour d'expérience des voisins européens. Pour d'autres (le groupe DCNS, ex DCN), l'accent est mis sur le développement d'éoliennes flottantes, des monstres de mer qui permettront d'aller chercher des vents plus stables au large. Quoi qu'il en soit, les opérateurs français qui piaffent d'impatience gardent confiance : certains estiment que l'objectif fixé par le gouvernement de 4 000 MW pour 2015 est peut-être jouable.
Devant Patrick Devedjian, ministre en charge du plan de relance, Antoine Rufenacht évoquait en novembre dernier au Havre, à l'occasion des troisièmes Rencontres internationales consacrées à l'éolien maritime et organisées au Havre, son intention d'attirer au Havre une nouvelle industrie éolienne, faisant de la cité océane une plate-forme de cette nouvelle industrie énergétique, porteuse de plusieurs milliers d'emplois.
Le Havre a une carte à jouer.
Pour se placer sur le marché de l'éolien, de la fabrication à l'installation en passant, pourquoi pas, par la recherche et la formation, Le Havre dispose de quelques atouts :
la
zone industrielle et portuaire havraise dispose d'une forte capacité
de manutentionner des pièces lourdes et volumineuses.La Ville du Havre a commencé à nouer des contacts avec de grands industriels liés à l'énergie. Rappelons qu'une instance de concertation a été formée en juin 2009 à laquelle participe le GPMH. Sa mission : identifier des zones propices à l'éolien en mer et établir un document de planification qui est attendu au 1er trimestre 2010.
Hydroliennes : des essais au large de Cherbourg ?
Les hydroliennes - ou comment transformer
l'énergie des courants marins en électricité - n'en
sont pas au stade de maturité des éoliennes, aucune
technologie ne sort du lot, mais le potentiel est pourtant important : 30 000
MW rien que pour l'Europe, 400 à 500 MW en France. Une goutte dans un
océan de besoins ? Peut-être, mais on a besoin de toutes les énergies,
notamment de celles qui,
comme
les hydroliennes, demeurent invisibles, toujours actives et ne suscitent aucun
déchet.
Une trentaine de projets sont actuellement menés dans le monde. En France,
la Bretagne et la Normandie sont les régions
les mieux placées. Une ferme expérimentale de
quatre machines (2 MW) est installée en Bretagne (Paimpol) par EDF ;
le raccordement au réseau EDF pourrait intervenir en 2012 et alimenterait
4000 foyers.
Si les essais sont concluants, EDF pourrait se tourner ensuite vers la Normandie
où deux sites sont susceptilbles de recevoir des hydroliennes : la pointe
de Barfleur et surtout le
Raz Blanchard au large de Cherbourg, où les courants peuvent
atteindre 4 ou 5 mètres par seconde. Le site intéresse la société
Géocéan, filiale de Vinci qui projette d'implanter deux hydroliennes
expérimentales pour un investissement de 35 M€. Le projet fait partie
des 19 retenus par l'ADEME dans le cadre de son fonds démonstrateur sur
les énergies marines.
Combien ça coûte ? Inutile de faire des calculs de rentabilité : les projets ne sont pas montés en ces termes. L'idée est d'investir pour apprendre au niveau reglementaire, technique et économique.
Vagues et eaux chaudes : beaucoup d'énergie, mais...
Plus
loin de nos côtes normandes, d'autres énergies marines existent
mais leurs technologies demeurent balbutiantes :
-> Le potentiel de l'énergie de la houle est gigantesque : 10 fois celui de l'énergie des courants ! Si elles pouvaient être converties en électricité, les vagues qui, en France, déferlent sur la façade atlantique, fourniraient l'équivalent de 90% de notre consommation électrique annuelle ! Les Anglais ne s'y sont pas trompés, qui sont très en avance sur cette filière. Plusieurs procédés sont à l'étude ici ou là dans le monde, permettant à des machines houlomotrices de convertir la puissance des vagues en électricité.
-> Les eaux chaudes représentent une source d'énergie possible : l'idée est d'exploiter les différences de températures entre la surface de la mer (chaude) et les eaux en profondeur (froides). L'IFREMER estime que l'énergie thermique des mers représentera une puissance de 200 MW (1/6ème de la puissance offerte par un réacteur nucléaire civil) en 2030 dans les DOM/TOM. Le Conseil régional de La Réunion étudie l'installation d'une plateforme mais les contraintes ne manquent pas autour de cette technologie encore embryonaire, exploitable seulement en zones intertropicales.
Marc Migraine, écrit en janvier 2010
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