Pour Paul Touret, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime de Nantes St Nazaire, la compétitivité d'un port se mesure à plusieurs critères : " l'offre de services maritimes à l'import comme à l'export, la capacité logistique du port, la qualité et la fiabilité des services directement lié au climat social sur les quais, la qualité des services douaniers et la densité des liaisons terrestres avec l'hinterland. " L'ensemble constitue un " cocktail jaugé par les armateurs, chargeurs et transitaires avec parfois un dose de présupposés ".

L'un des 1ers critères de compétitivité : la couverture maritime. Les ports doivent s'adapter aux nouvelles exigences des grands armateurs : " outre l'aspect tarifaire, c'est la capacité du port avec son tirant d'eau à accueillir des megaloaders (…) que vont juger les armateurs. Sur le plan des infrastructures, Le Havre est bien placé " note F. Pourtauborde, directeur France d'Hapag Llyod. "Le Havre a fait les bons choix stratégiques avec Port 2000" confirme Gilles Fournier, président du Conseil de surveillance du GPMH.

La paix sociale et la productivité ? " C'est le facteur n° 1 scruté par les acteurs économiques " rappelle le magazine. Le climat social s'est apaisé dans les ports de France où l'on renoue avec des gains de productivité entre 15 et 20%. " Désormais des représentants dockers et des douaniers participent aux missions comemrciales de promotion du port en France et à l'étranger ". Les ports semblent donc avoir intégré une nouvelle dimension : celle de l'écoute des clients. Paradoxalement, c'est Anvers qui affiche des blocages ces derniers temps… Pour F. Pourtauborde, d'Hapag Llyod, " la situation en France tend à s'améliorer, la gestion des manutentionnaires est acceptable, les prix sont compétitifs mais cela doit s'inscrire dans la durée. Les ports doivent donner des garanties. " Quant aux industriels, ils restent eux aussi prudents, connaissant mieux qui quiconque les coûts induits par les grèves, lorsqu'il s'agit de remplacer le maritime par l'aérien, 10 fois plus cher...

L'offre de services et les capacités logistiques : "la massification des flux appelle des moyens rapides et fiables pour écouler les conteneurs " souligne le magazine. Tous les ports se sont donc lancés dans le gigantisme comme Barcelone et son nouveau terminal (500 millions d'euros) , Tanger Med et son terminal dédié aux voitures, Marseille, Anvers Dunkerque qui investissent dans les hydrocarbures, Rotterdam et son méga chantier (Maaslvlakte2) de 50 km2 sur la mer... Le Havre n'est pas en reste " qui compte sur Port 2000 pour doubler son trafic conteneurisé d'ici 2020. " La capacité d'entreposage havraise est de 2 millions de m2 mais avec Rouen et Paris, le port normand entre dans la cour des grands et devient acteur majeur .

Les services douaniers : sur ce plan, les ports français ne font pas le poids avec les pays de la communauté européenne. Non en termes de qualité et de rapidité de contrôle qui sont quasi-identiques d'un port européen à l'autre mais sur le plan de la TVA : " lorsqu'elles importent via un port français, les entreprises doivent s'acquitter de la TVA " précise ClasseExport. Alors que dans les ports néerlandais le paiement de la TVA est annuellisé. Les efforts de la douane pour différer les paiements sont réels mais l'impact sur la trésorerie demeure. "Un récent rapport de l'OCDE a pointé cette distorsion de concurrence" souligne ClasseExport..

Les liaisons avec l'hinterland : " la bataille des ports se joue à terre, poursuit le magazine. Les ports essayent d'élargir leur zone d'influence(…) Le Havre, Rouen et Paris entendent jouer la synergie sur l'axe Seine " : Haropa est une première réponse mais "reste à savoir si les intentions se traduiront par de meilleurs services pour les opérateurs et par des gains de productivité. " Le Havre pousse aussi ses desseertes ferroviaires jusqu'à l'Allemagne et la Suisse et développe son fluvial sur la Seine. A Marseille et Barcelone, on regagne aussi du terrain, ce qui fait dire à B.Rager, spécialiste customs, trade & tax : " compte tenu des enjeux économiques, les ports européens se livrent à une concurrence effrénée. "

Bilan de la réforme portuaire ? " Salutaire, la réforme a remis les ports français sur le chemin de la compétitivité. Mais de nombreux efforts restent à faire pour convaincre une clientèle échaudée par les mouvement sociaux " conclue le magazine.